Je crois n’avoir jamais aimé le sport. En fait, je crois qu’on apprend à l’aimer comme on apprend à lire, et moi je n'ai pas appris. Mes parents n’ont jamais été des grands sportifs, pour preuve,
première et unique randonnée en montagne, mon paternel se déchire les ménisques. Bon, à partir de là j’étais pas prédisposée à devenir une grande championne.
Mais ça n’a jamais été un problème, je n’ai jamais voulu être sportive, ça ne m’a pas manqué, je le vivais bien, je n’ai jamais eu de soucis avec mon poids, toujours fait du 38, tout ça.
Et puis à l’âge de 20 ans j’ai commencé à changer, la pilule tout ça, tu vois c’que j’veux dire, et ma fidèle taille 38 s’est fait la malle. J’suis passée au 40 gentiment, puis au 42, j’ai vu mon corps évoluer, devenir plus lourd, moins docile, vite se fatiguer.
Alors on m'a conseillé de faire du sport, ça m’faisait marrer, j'écoutais les gens d’une oreille distraite, je crois que j’étais
bornée, le sport ça n’était pas fait pour moi, moi j’étais une artiste. Une artiste taille 42 et cellulite naissante. Putain.
Alors j’ai commencé à y songer, doucement. Je crois que le sport ne doit pas être un truc imposé, un truc contraignant que tu fais sans volonté, en rechignant, en subissant.
Ces derniers mois j’ai eu beaucoup de temps pour y réfléchir, et j’ai commencé à faire du sport, du vélo d’abord, et puis ma copine Alice m’a parlé d’un club de sport dans lequel elle allait, alors j’y suis allée, j’en ai chié, j’ai transpiré, je voyais les autres vivre le truc sereinement, pas une goutte de sueur, et ça parlait en même temps, ça manquait jamais de souffle alors que j’me galérais.
Et depuis une semaine je vais nager un jour sur deux, je crois que c’est mon sport. La natation. Avoir la tête sous l’eau et
n’écouter que le vide, le néant. Le truc n'est pas de se lancer dans n'importe quel sport pour le principe, il faut trouver celui qui te va, et la natation c'est un sport un peu lâche aussi, on
ne ressent pas la douleur. Alors je nage une heure, tranquillement, sans chercher à devenir Laure Manaudou ou à me mettre une pression de malade, mais je fais du sport quand même, et sur la durée
je serai fière de ça.
La clé du truc, comme pour tout, c'est de se donner les moyens d'y arriver, de suivre une certaine discipline. Y a des jours où j'ai la grosse flemme, forcément, tu te réveilles pas un matin
comme ça, fin prête pour les J.O, on n'a rien sans rien, alors je me force, je me traîne, j'me galère et c'est pas plus mal, petit à petit tu te galères moins, tu gagnes en assurance et tes
mouvements sont plus fluides, plus légers.
Je crois que toutes ces voix qui me disaient de faire du sport, je n’avais pas envie de les entendre parce que c’est une entreprise qui doit venir de soi, la motivation, l’ardeur, la volonté. On ne naît pas sportif, on apprend à le devenir à force de persévérance et d’envie.
Et je crois qu’au fond, j’aime assez ça, en sortant je suis baignée de fierté, c’est un truc qui a à voir avec l’égo, mais pas l’égo pour plaire aux autres, juste une histoire d’amour de soi.
Voilà, je pue le chlore et ma peau tiraille un peu, mais je vous embrasse.
Source : Les photos d'Edita Vilkeviciute sont de Lachlan Bailey
pour le magazine Vogue Paris d'avril 2012.

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