24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 10:55

H.

 

A toi. L’histoire d’une de nos folies. A ces 1710 jours où je n’ai pas entendu ton rire. A tous ces matins frileux où, amore, j’ai en vain attendu un signe de toi, à toutes ces cigarettes menthol que j’ai fumées en ton absence, à tout ce que je n’ai pas pu te dire.

Pendant 1710 jours, j'ai feint la sérénité à force de manque, j’ai trouvé des parades, j’étirais les souvenirs, lentement, comme des boules de coton. Mais indéniablement, les rêves trahissent ce qui n'est pas, et dans les miens tu es partout.

C’est drôle, l’autre jour au hasard d’une rue, des effluves de "Féminité du bois" m’ont enveloppée comme un cocon et, en une seconde, tout m'est revenu en mémoire : les perles à tes oreilles, tes yeux de chat immenses, quelques notes de piano, oh la belle rouge, les écharpes si gracieusement enroulées à ton cou, les jardins sous la fontaine et ta douceur, surtout.

Alors voilà, j'aimerais m'attacher à être le plus près possible du concret, du tangible, du palpable, puisque cette masse informe d'existences me dit que c'est la norme, mais moi tu sais chérie, je respire encore Serge Lutens à ton cou au "Bar A la Lune", j'ai le regard vissé sur mon rétroviseur, je suis nostalgique du cool.

J’aime à croire, parfois, que tout sera comme avant, que ce silence n’était qu’une bête querelle de jeunes idiotes. Que tout cela n’a plus d’importance, l’eau a coulé sous le Pont des Morts.

Souvent, comme pour alléger le poids des remords, j’aime à penser que j’ai ma part de responsabilité dans ton bonheur ; pour que l’amour s’embrase il faut qu’il ait peur, et cette frayeur, quoique parfaitement involontaire, cette tempête amoureuse, t’aura menée jusqu’à l'autel.

A qui s'en prendre alors quand rien ne se passe comme prévu ? A moi ? A toi ? A lui ?
A personne, puisque dans cette société bouffée, rognée par l'égo et les faux-semblants, il est devenu urgent de se pardonner, de se féliciter malgré tout d'avoir cru possible l'agencement harmonieux des choses.

Tu aimes les lettres alors voici la mienne, this is it, placardée au monde comme pour crier que tu me manques. Que je regrette. Tellement.

Il est étrange de penser que deux personnes autrefois si proches puissent devenir de si parfaites étrangères. But there ain't no mountain high enough, ain't no valley low enough, ain't no river wide enough, to keep me from getting to you.

A toi, ma meilleure ennemie, j'aurais aimé parfaire l'ourlet de ta robe blanche et te dire à quel point tu es jolie, m'assurer avec le plus grand soin que tu aies "something old, something new, something borrowed, something blue", mais il va être grandement question de se ressaisir au lieu de céder à la sentimentalisation exacerbée, à la cristallisation de ce qui s'est évaporé il y a 1710 jours.

Ton visage fera toujours écho à ma vie. 

 

Prends soin de toi.

E.

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commentaires

Jean 29/04/2015 22:05

Très personnel , du coup moins 'marrant' (mais plus frémissant) que celui des années 90, moins barré que 'Vivre jeune, mourir vite... ', mais bien écrit tout de même.