12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 10:08


Je suis partie longtemps je sais, j'ai disparu. J'ai mis quelques milliers de secondes à sortir de ma torpeur, la tête encore endolorie face à tant d'atrocités.

J'avais le vertige d'écrire malgré les idées qui s'imposent, et une posture lasse face aux conflits.

Ne va pas croire que je rends les armes mais c'est la merde un peu partout. Il y a des gens qui tuent d'autres gens dans des salles de concert, des piscines d'hémoglobine en Syrie et des Boeing qui embrassent la montagne.

Il y a la haine de l'autre qui s'empare de celui-là, de celle-ci, et d'eux aussi. Meilleur manque d'espoir inhumain, catégorie fou à lier.

Mais l'autre, ce voisin dont tu ignores le nom, dont tu ignores l'histoire, cet autre, qu'il soit hétéro, gay, arabe, juif, black, blanc, beurre, cet autre est ton ami.

Et puisqu'il est devenu monnaie courant de s'engager dans la Marine et de virer de bord, j'écris pour revivre une toute autre époque, pour rentrer à la maison, du temps où Chirac trainait plus sa gueule sur ton poste que sur RAD en version 100% coton. L'ignorance de l'urgence sociétale était alors si délicieuse.

Eh dis, à quel moment tout a foutu le camp ?  On aurait pu s'aimer, on aurait pu vivre ensemble. 

Je ne peux pas t'en vouloir, il s'agit là de chagrin déguisé en cruauté. Il s'agit là, si ce n'est de peur, de nombreux appels au secours qui ont manqué de réponse, de vulnérabilité proche à celle des rez-de-chaussée. 

Mais j'ai honte. J'ai honte parce que la France est mon pays, la France a accueilli mon père, mes amis, ma famille entière. Et la France, elle est belle quand elle ouvre portes et fenêtres à ceux qui n'ont plus d'espoir.

Ce soir, j'espère qu'on aura un ciel barge des soirs roses, et dimanche j'irai voter, et j'y croirai très fort en me disant que ce n'est pas possible, que c'était une erreur, que ma jeunesse à moi, elle aime trop Zizou pour lui faire un coup de pute. 

Alors, comme le disait Michel, j'appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques, à croire en l'autre, à croire que Daesh et Charlie ne sont pas le reflet de Karima, de Mathias, d'Omar, de Julie, de Sofiane, d'Abdel, de Sarah ou David. 

Dimanche, j'irai voter et je vais serrer très fort la chance, faire craquer ses petits os. 

On finira bien, je l'espère, par gagner en sérénité à force de solidariat. C'est l'heure où tout bascule et je me demande, à quelle heure exactement bascule t-on vers l'amour ?

Je t'embrasse.

 

Je dédis ce texte aux victimes du 13 novembre à Paris, à celles qui ont sauté des deux tours il y a quelques années, et à toutes les autres. 

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commentaires

Jean 10/05/2016 19:14

je viens vers cette page un peu trop tard, la photo de ne s'affiche pas, le lien est mort.

Elisa 10/05/2016 19:43

Il n'est jamais trop tard. Le problème est réparé :-)