17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 10:00


J’ai mille fois tourné ma tête lasse vers ces murs de verre en me demandant ce que je faisais là. Je rêvais du dehors en dedans.

Tout y passait, les vitres de bus et de trains, mais surtout, les vitres du onzième étage.

D
ans ce bureau impersonnel à la moquette crade, assise sur cette chaise où d’autres avaient posé leur cul, j’ai mille fois rêvé de briser l'accident. D'être une autre ailleurs.

Prends tes cliques et tes claques, me criait mon cerveau. Casse-toi, remets-toi sur tes jambes, sur les rails loin des quais de gare.

Ce dont on ne parle pas, c’est de cette tendance à croire que le succès s’écrit à quatre ou cinq chiffres sur un compte en banque. Ce reflet dans le miroir que tu évites depuis des mois en balançant un grand seau d’eau fraîche sur la gueule de quelqu'un d'autre.

Une affiche froissée que tu cherches en vain à lisser avec le plat de la main.

J’ai découvert avec stupeur la complexité de l’être humain. Un corps peut abriter un être gelé à l’allure robotique, un monstre qui va et qui vient en ignorant les appels au secours de l’unité centrale, glaçant toutes ses intentions jusqu’à nouvel ordre.

Se mettre soi-même, volontairement, dans une posture complaisante résolument factice.

Le malheur des uns commence par envier celui des autres.


Mille trois cent un jours durant, j’ai regardé passer les gens au travers des murs de verre, jalousant leur existence potentiellement sinistre que j’aurais alors, pour rien, échangé contre la mienne. Je convoitais le médiocre pour défier l’aigreur. J’aurais aimé le maussade du temps du lugubre.

J’étais malheureuse et n’avais pas de raison de l’être.

Je cherchai désespérément une échappatoire. Le combat me semblait être une réponse honnête à l’engourdissement involontaire de mes capacités mentales.

Alors, mon cerveau a pris mon cœur saignant entre quatre yeux pour lui apprendre le courage. Peu à peu, bout par bout, j’ai arraché les lambeaux de peau accidentée entourant mon écorce.

J’ai balancé l’idée d’une époque révolue qui veut que l’échelle sociale soit grimpée. J’ai gravi les échelons du dégoût et ai tout rendu au sommet. 

La bourgeoisie, cet obscur objet du désir, a des allures de convulsions et un goût dégueulasse de café bio au lait de soja servi par des gens bien.

Mon comportement borderline a préféré piétiner un futur brillant mais cauchemardesque au profit de quelques bières à deux balles dans un café miteux.

"La vie a fait que...", clament les anciens pour justifier leur frustration. Mais rendons-nous à l'évidence, la vie ne fait rien. La vie, c'est une succession de chemins plus ou moins sinueux que l'on emprunte en s'offrant le luxe de pouvoir, à tout moment, faire marche arrière.

Alors j'ai rebroussé chemin. Et j'aime parfois, admirer du dehors les gens au travers des murs de verre, m'y revoir les yeux mouillants rêver à d'autres rêves.

Et puis je rentre à la maison.

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Publié par Elisa
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