14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 17:47

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Ouais alors je sais, j’ai pris mon temps comme jamais, t’es pas trop content tout ça.

L’autre jour je discutais avec ma copine Marion, on parle de la vie, du boulot, d’avoir les couilles de tout quitter pour aller sur une île, on parle et je lui dis que je ne partirai jamais, et Marion trouve ça étrange parce qu’elle n’est plus là elle, on a grandi ensemble et la vie a suivi son cours, elle est un peu loin maintenant, et moi j’ai l’impression que tout le monde évolue et me regarde stagner.

Moi j’habite dans une ville toute pourrie, une ville un peu grise remplie de casernes, il n’y fait pas très beau et l’air nous intoxique. Paraît qu’on a un accent de paysans et les parisiens nous méprisent, les trois quarts ne savent même pas qu’on parle français parce que jadis nous étions allemands et j’les comprends tellement.

C’est comme Marie et St Dizier, on a passé notre jeunesse à vouloir se casser, à dire que c’était d’la merde et à traîner dans les rues crades aux effluves de poubelles, à mater les potes jouer au foot en surveillant l’heure parce qu’il fallait rentrer bouffer.

On a passé notre temps à rêver d’ailleurs, à dire qu’à dix-huit ans on allait se barrer, tout quitter parce que l’herbe est toujours plus verte de l'autre côté de la barrière.

Mais aujourd’hui j’ai vingt-quatre piges et j’ai pas bougé, j’me fais toujours chier dans cette ville où il n’y a rien à faire, où rien n’avance et où le travail manque. Alors je bosse ailleurs mais je dors ici et je ne sais pas trop pourquoi, un lien me rattache à cet endroit miteux où la seule gloire du peuple est le Centre Pompidou qui commence à pourrir.

Le 6 mai je suis allée voter dans mon ancienne école. Beigbeder dit qu’il ne faut pas revenir sur les lieux de son enfance car ils semblent minuscules. En poussant la grille je me suis surprise à songer au passé, au nombre incalculable de fois où j’avais couru dans cette cours de recrée gigantesque en imaginant être poursuivie par un loup glacé. Mais le 6 mai, la cours était toute petite et le pan de mur où nous avions fait une jolie fresque avait été repeint.

Je me suis assise sur un banc et j’ai regardé autour de moi, il m’a semblé que malgré la différence de format, tout était resté intact.

Au fond, ce que j’aime dans cette ville, c’est que j’y ai grandi, ma famille vit ici, et cracher sur Metz serait comme renier mes racines, je marche dans les rues et à chaque pavé son souvenir.


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En Jurue, là où il était écrit « vestige du temps », tu te galères à monter et les papillons volent, puis t'arrives rue Taison et tu vois le Graoully, les petites boutiques que personne ne connaît.

En Nexirue, y a ce bar de la vie où j’ai tellement ri et pleuré, et quand il pleut on s’abrite dans le renfoncement tagué par des punks à chiens et on entend les gens qui sortent du ciné encenser ou détruire le scénar.


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Sur le Moyen Pont des Morts, des touristes prennent des photos et s’émerveillent tandis que le reflet du Temple baigne doucement dans la Moselle, à la Comédie des jeunes éméchés se rassemblent pour un blind test histoire de gagner une bouteille de champ’ et Place Saint Louis des gosses font un tour de manège pour deux euros, la fusée pour l’un, le carrosse pour l’autre.

Cette ville c’est chez moi, et tout le monde se barre mais tout le monde est heureux d’y retourner un jour ou l’autre.

Aujourd’hui, 14 juillet, la ville est morte et ne résonne que le son des pétards qui annonce les feux du soir. Alors comme souvent, les gens vont se la coller pour oublier qu'ils restent dans leur ville de merde, dans leurs yeux brilleront les lumières de la ville enfumée.

Et ces gens-là ils seront bien, ils seront chez eux.

On sera chez nous.


Je vous embrasse.

 

Source : les photos sont de moi et datent de 2010.

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commentaires

Angela Donava 23/07/2012 16:13

Le post est super!J'aime les photos
Angela Donava
http://www.lookbooks.fr

Angela Donava 20/07/2012 14:58

Super post! J'aime bien

Angela Donava
http://www.lookbooks.fr

aurelaboulette 18/07/2012 17:19

Très joli billet, et je te rassure, même quand on part loin de chez soi, quand on arrive à s'approprier d'autres lieux, à créer d'autres souvenirs, la nostalgie se multiplie, qu'importe le temps
qu'on y passe, une vie, un an, un mois, une semaine, on aimerait tellement que tout soit éternel...

Angela Donava 16/07/2012 00:14

J'aime les photos!Super!
Angela Donava
http://www.lookbooks.fr

Lierre 15/07/2012 18:22

Je suis très déçue que tu ne parles pas des Sixfesses.

Elisa 15/07/2012 20:30



Je ne sais pas qui vous êtes.



Jade 15/07/2012 13:50

Moi aussi, je suis partie de ma ville, comme Marie. Pourtant je ressens la même chose que ce que tu ressens pour ta ville, plein de nostalgie, d'attachement et de souvenirs. Le mieux, c'est quand
j'y retourne, je l'aime encore plus.
Tout ça pour dire que si tu veux partir, n'attends pas de détester la tienne comme une permission. Tu peux partir en l'aimant, c'est pas contradictoire. :)

Sonia 15/07/2012 11:57

C'est fou, ce que tu dis c'est universel encore une fois, comme les complexes dont tu parlais avant et les problèmes liés à la jeunesse, s'intégrer dans la société et tt.

Ton blog c'est mon préféré, j'ai tjs les larmes aux yeux à la fin parce que c'est tellement vrai, je crois qu'on pense tous ça.

Alors merci à toi.

Elisa 15/07/2012 12:45



Ca me touche beaucoup ♥, merci à vous d'être là pour lire mes élucubrations, sans quoi ce blog serait un peu sans vie.



Agoaye 15/07/2012 00:20

C'est un très bel hommage :) Je kiffe !!

Elisa 15/07/2012 12:46



Thanks ! =)) des bisous.



claire 14/07/2012 21:03

fiouuu. A chaque fois c'est la même chose, j'ai le coeur qui se serre à chaque fois que je lis tes articles. C'est fou comme tu arrives si bien à décrire ce que beaucoup de nous ressentent.... La
même chose pour mon école, et pour les rues que j'ai traversées

Elisa 15/07/2012 11:33



=) T'es un amour, je crois que malgré nos différences, nous avons chacun quelque chose en commun : une affection sans borne pour le passé, nos souvenirs et certaines habitudes. Je crois qu'en
fait, l'Humain n'aime pas la nouveauté, du moins il met quelques temps à s'y adapter, alors on kiffe tous notre petite ville, nos petits endroits, ça nous rassure quelque part.


Je t'embrasse.



Alice de Verdun 14/07/2012 20:05

Ah ah St Dizier la honte !!

Elisa 14/07/2012 20:33



Dit Alice de VERDUN quoi.