11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 12:00

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[2010, une famille afro-américaine célèbre
l'obtention du diplôme de leur fille, étudiante au Brockton High School. Les proches ont fait le voyage depuis Haïti pour célébrer l'évènement avec eux. Cette phogragraphie fait partie de la série « City of Champions » de Mary Beth Meehan.]
 

« Mais supposons que Dieu soit noir, que se passe-t-il si nous arrivons au Ciel et qu’on a traité le noir toute sa vie comme un être inférieur ? »

Robert Kennedy, août 1966.
 

Nous sommes en mars 2008 à Philadelphie et pour la première fois depuis Martin Luther King en 63  – à l’époque épaulé par J.F. Kennedy dans sa lutte contre la ségrégation raciale – un homme va prononcer un discours à l’égal de son aîné, un discours pour le peuple dans une Amérique aux mille visages, un discours sur les rapports raciaux et des réflexions qui dépassent les seules problématiques américaines, un discours universel.

Cet homme s’appelle Barack Hussein Obama, il est né à Hawaï d’un père kényan, d’une mère américaine originaire du Kansas et il a à cette époque quarante-sept ans.
 

« Je suis le fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas. (…) J’ai épousé une Noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, héritage que nous avons transmis à nos deux filles. J’ai des frères, des soeurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins de toute race et de toute couleur, dispersés sur trois continents, et aussi longtemps que je vivrai, je n’oublierai jamais que nul autre pays du monde n’aurait rendu mon histoire possible. C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus conventionnel. Mais c’est une histoire qui a inscrit dans mes gènes l’idée que cette nation est bien plus que la somme de ses individus, que, tous autant que nous sommes, nous ne faisons qu’un. »
 

Et le 4 novembre 2008, dans un contexte de guerre en Irak et en Afghanistan, d'importante récession de l'économie américaine et de crise financière et économique mondiale, cet homme noir est élu 44è président des États-Unis d’Amérique, évènement qui apparaît comme historique dans un pays qui connaissait encore la ségrégation dans les années 60.

Et j'ai pensé à Rosa Parks qui n'était plus là pour voir ça, j'ai pleuré pour elle, j'ai pleuré de joie pour elle, et j'ai pensé à Luther King qui osait faire un rêve quarante-cinq ans plus tôt.


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Septembre 2012, le journal Le Monde sort un hors-série intitulé « L’Amérique d’Obama ». Pour la première fois depuis des dizaines d'années, on ose y évoquer le déclin des États-Unis d’Amérique, la quasi disparition du « rêve américain » et l’on annonce que d’ici 2020, la Chine remplacera les US en tant que plus grande puissance mondiale.

On y trouve des articles sur les quatre coins du pays, on y parle de Reading en Pennsylvanie, ville ouvrière symbole de l’effondrement industriel, la mise à mort de vingt usines en douze ans et le licenciement de ses cols bleus; on y parle de Saint-Louis dans le Missouri, l’une des villes les plus marquées par l’héritage de la ségrégation; ce soir-là, un concert de rap s’achève dans un restaurant de la rue principale, face à l'établissement, la police prend place pour surveiller la sortie du concert, comme si la présence d’un public très majoritairement noir était un facteur de risques, c’est comme ça qu’on raisonne à Saint-Louis.

On y parle d’une société en plein doute, de la fragmentation des idéaux et de la radicalisation des Partis démocrates et républicains, tout fout le camp – entre toi et moi, pour Sarah Palin et son putain de Tea Party il faut faire quelque chose, la chaise ou je ne sais pas – et surtout, on y voit une Amérique en berne et des paysages de misère.


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[La ville de Brockton dans le Massachussetts, anciennement connue sous le nom de « ville des Champions », grâce à la réussite des boxeurs Rocky Marciano et Marvin Hagler, a été durement touchée par la mondialisation et l'effondrement de l'industrie, son supermarché est fermé depuis vingt ans. Photographies de Mary Beth Meehan.]

L’Amérique d’aujourd’hui elle est là, non plus peuplée de mormons conservateurs mais multiethnique. Cette Amérique est en plein bouleversement démographique et à l’horizon 2050, ce que l’on appelle très hypocritement les « non-Blancs » seront majoritaires. On assiste au passage d’une culture de baby-boomers largement blanche à un pays plus mondialisé.

Et ce qui me fascine, c'est l'engouement auquel on a pu assister ces derniers mois, l'engouement du monde entier pour un seul homme, comme si ce type représentait finalement l'espoir universel, une espèce de figure paternelle, de guide éclairé. Tmtc, dans les années 90, papa Clinton a très bien joué le rôle du grand chef blanc (juste avant de se faire pomper sous le bureau, et un full big up pour Monica).

Obama, c'est le type qui a rendu possible l’impossible, celui qui a cru en des millions de gens, des gens différents les uns des autres, des Blancs, des Latinos, des Asiatiques, des Afro-américains, des jeunes et des moins jeunes, des ouvriers, des professeurs ou des syndicalistes, des gens à qui l’on avait trop souvent dit qu’ils ne comptaient pas, que l’Amérique n’était pas leur pays, et à ces gens-là, Barack Obama a rappelé un célèbre extrait de la Déclaration d’Indépendance de 1776 qui disait :

« Nous tenons ces vérités comme allant d'elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

Aujourd'hui comme partout, l'Amérique souffre, les gens ont peur pour l'avenir, et tandis qu’il rempile pour quatre ans, au réveil, cet homme doit secrètement se demander s’il va pouvoir sauver cette Amérique, et il se doit de le faire parce que ces putains de visages pleins d’espoir sont gravés dans sa mémoire, tous les jours, toutes ces mains qu’il a serrées et toutes les histoires qu’il a entendues sont celles d’un peuple, d’un monde qui a besoin de lui.

Cet homme-là, c’est un héros, même si tout reste à faire, même si la machine s’est enraillée par la folie des Hommes, parce qu'au fond, ce type-là mon pote, il a déjà tout changé.


Je vous embrasse.
 

Sources : Le Monde Hors-Série, septembre/novembre 2012 - Projet « City of Champions » de Mary Beth Meehan - Obama by Terry Richardson.
 

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Publié par Elisa - dans Culture
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commentaires

Jade 12/11/2012 18:09

ah ok... du peu que j'en ai entendu/vu, j'ai eu l'impression qu'il n'a pas chômé, mais je ne connais pas tous les détails...

Elisa 12/11/2012 18:30



Oui il n'a pas chômé mais Bush lui a légué un tel merdier qu'évidemment tout n'allait pas se régler par la grâce du Saint Esprit, il a commencé un travail sur l'accès à l'éducation et c'est pour
ça que j'ai trouvé la première photo judicieuse, aujourd'hui grâce à lui tout le monde peut avoir un diplôme et aller à l'université, il a aussi amélioré l'accès aux soins mais beaucoup de choses
restent à faire et c'est normal. Les gens ont cru que c'était le Messie ou je sais pas, ils lui ont reproché de pas avoir tenu ses promesses, y a toujours beaucoup de chômage mais ça c'est comme
partout tant que l'économie sera pas redressée. Moi je crois en lui, on verra en 2016, en attendant j'aimerais bien l'avoir comme président =)



patricia 12/11/2012 13:10

Super post! Je suis pas d accord avec le commentaire de Jade, je crois qu il y a une telle attente derriere tout ca que la population sera extremement decue si rien ne change d ici 2016. Je crois
qu aux US rien n est accorde gratuitement, il faut prouver bcp de choses, qu on merite la confiance qui nous est donnee, et obama n a pas tout a fait fait ses preuves depuis 2008.

Elisa 12/11/2012 13:48



Oui je suis à peu près de ton avis sur l'argument de la preuve, honnêtement Obama a déçu ces quatre dernières années, mais dans cette élection ce qui a joué c'est le très mauvais choix de
campagne de Romney qui s'est adressé à une population blanche assez âgée, des conservateurs comme lui, sauf que l'Amérique d'aujourd'hui n'est plus comme ça, du coup il a négligé au moins 40% des
électeurs...il aurait sûrement eu une chance s'il avait pris d'autres décisions.



Jade 11/11/2012 13:06

C'est beau, c'est bien dit, ça se passerait presque de commentaires. Depuis sa ré-élection, je suis émue à chaque fois que j'y repense ! Je pense que même s'il n'arrive pas à sauver les états unis,
on ne lui en voudra pas vraiment vu le symbole qu'il incarne et les choses qu'il a mis en place.