6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:33

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Cette semaine, la chaîne Arte a rediffusé un documentaire sur la maison Chanel réalisé en 2005 et intitulé « Signé Chanel ». Sous les projecteurs, aucun mannequin, aucune personnalité, mais les artisans de l’ombre, les coulisses du milieu de la Haute Couture, les petites mains qui ont fait la renommée et le prestige de cette maison dans l’atelier du 29 rue Cambon à Paris.

A une vingtaine de jours du défilé présentant la nouvelle collection Chanel, on y voyait Karl Lagerfeld dessiner des croquis en deux minutes et se la raconter, « j’ai que dix-neuf bagues aujourd’hui », on y voyait Martine, couturière en chef qui récupérait les esquisses du maître et les distribuait à l’équipe, mais on y voyait surtout du savoir-faire, du talent, et de la passion.

 

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Ce documentaire réalisé par Loïc Prigent, que je vous invite à regarder en replay (parce que ouais Arte aussi fait dans le replay) met vraiment en exergue la banalisation de la mode sur la blogosphère, la beaufisation des arts ancestraux que sont la création, le stylisme et la couture.

Selon moi, la mode est synonyme de luxe, de tissus nobles, d’unicité du vêtement qui, porté par une femme somme toute ordinaire, va la sublimer. Et c'est clairement la raison pour laquelle j'ai arrêté les post look narcissiques pourraves à s'en faire péter l'égo.

Dans ce documentaire, Karl Lagerfeld, aussi prétentieux soit-il, toujours vêtu de son plus beau costard, nous apparaît plus accessible que l’on pourrait le croire. Lagerfeld est un bosseur, un passionné, et il a dû trimer pour devenir aujourd’hui le directeur artistique des grandes maisons Chanel à Paris, et Fendi à Rome. Tmtc que rien n’arrive par hasard.

En voyant le travail accompli par toutes les couturières de Chanel, les broderies Lesage et les chaussures Massaro, douze jours passés sur une robe cousue main et finalement supprimée du défilé, on prend toute la mesure du rôle incarné par ces grandes maisons, des valeurs de la Haute Couture, le respect des matières, des techniques, et le made in China nous semble bien dérisoire.


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Et ce document m’invite à me questionner : comment avons-nous été amenés à désacraliser autant la mode ? Pourquoi tant de folie autour des blogs mode cheap et des pulls en acrylique ? Je repense à cette scène mythique du film « Le diable s’habille en Prada » sur le bleu céruléen, et je me dis que la mode, aussi futile soit-elle, reste une part de rêve, la mode et les mannequins attisent le désir et l’envie chez les jeunes filles qui lisent Vogue et Elle en secret dans leur lit.

La mode est inaccessible, elle est perfection et grâce.

Bien que les deux termes ne soient pas clairement distingués dans la langue française, je pense qu'il faut mettre en parallèle le concept de « mode » et celui de « tendance ».

La tendance actuelle permet et cautionne la copie de pièces de Haute Couture dans les grands magasins, voire la collaboration de célèbres couturiers avec des enseignes populaires (les collections Lanvin ou Versace pour H&M), mais la mode elle, reste symbole d'appartenance à une certaine catégorie sociale: celle de la réussite et du fric.

Je pense que nous avons besoin de ça, besoin de rêver à quelque chose d’inatteignable. Dans l’expérience « Dead Fleurette », Marie a mis le doigt sur un des travers de l’excès et de la compulsion : le rêve, le désir et l’envie. Dans le processus de folie acheteuse et de compulsion, il n’est pas tellement question de posséder, il est question d’imaginer que l’on possède.

La mode, la Haute Couture, servent à nous fixer des limites, et je trouve fort dommage le fait de standardiser, de populariser certaines pièces de luxe qui deviennent alors moins désirables.

Si les robes Gucci, Prada, Chanel et Gaultier étaient en promo chez Monoprix, je t'assure qu'au fond t’aurais grave les boules.


Je vous embrasse.

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Publié par Elisa - dans Culture
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Julymoda 07/01/2012 10:43

Moi je pense qu'avec certains accessoires, même des pourris à trois sous on peut se construire un style. C'est pas le prix qui fait la classe, c'est la façon de le porter non?

Marion 06/01/2012 17:10

Ce que tu dis est tres juste, c'est le fait de ne pas avoir acces aux choses qui les rendent si désirables, je n'aime pas les blogs mode qui se banalisent sur le net, en plus les blogueuses n'y
racontent rien de très intelligent...on peut parler de mode et du concept de mode sans être complètement abruti!

Bonne continuation pour ton blog que j'aime beaucoup!

Marion