27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 09:25

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Il y a quelques jours, j’ai enfin vu « Mommy », le dernier film de Xavier Dolan.

Avec Dolan, c’est toujours compliqué ; l’univers de Dolan est, si ce n’est dérangeant, vraiment « intrusif ». On entre dans une sphère ultra privée, patchwork de sentiments riches et ambivalents de fougue, de rage, et d’amour dispersés.

« Mommy », son cinquième film, est une véritable claque qui nous explose les yeux et le cœur à tel point qu’on ne sait plus vraiment comment réagir. Je suis restée prostrée devant ce film, incapable de me défaire de mon siège, comme emportée par un ouragan intérieur, des sentiments mêlés, quelque chose de viscéral qui donne à la fois envie de hurler, de rire ou de dire à la terre entière tout son amour parce qu’il est question de ça, d’un amour sans bornes.

Comme souvent chez Dolan, les relations, et notamment les couples mère/fils sont le thème principal du film. On devine en filigrane les similitudes entre Steve, le personnage principal, et Dolan adolescent qu’on voyait dans « J’ai tué ma mère » en 2009.

Mais dans « Mommy », Dolan a vengé sa mère. « Mommy » apparaît comme le film de la réconciliation où la maman-boulet a laissé place à la mère courage.

Le spectateur cohabite ainsi avec Diane, « Die », Steve et Kyla, « une team » qui saura trouver un certain équilibre quand tout n’est que démesure, violence et rébellion.  Le film épouse le trouble de Steve, adolescent hyperactif, tout en dévoilant l’amour incommensurable qu’il éprouve pour sa mère et la très belle histoire d’amitié entre Kyla et Die.

 

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« Mommy » surprend d’entrée par son format 1:1, carré façon Instagram où tout est concentré, étriqué, asphyxié.

Les visages, les rues sont comme à l'étroit, probablement à l’image de la relation entre les personnages, au début très tendue, gênante. Ce carré donne le sentiment de regarder la vie par effraction, par le trou d'une serrure. Puis vient soudain la libération, Steve crie « Liberté ! » et l’on retrouve un court instant le format 16:9 avant que tout s’assombrisse à nouveau.

Les plans et la lumière sont d’une beauté époustouflante. La caméra de Dolan prend le temps de décortiquer le soleil, la brise légère, le visage d’une femme qui ferme les yeux, respire profondément et arrache une pomme d’un arbre tout en douceur, comme au ralenti.

Puis vient soudain la scène-crise, empreinte d’hystérie, de tensions et de violence, tant dans le langage que dans les actes, et ces chaud/froid sont un véritable nirvana émotionnel pour le spectateur, des montagnes russes permanentes, un raz de marée.

Les personnages de « Mommy » sont des marginaux, des grandes gueules aux looks criards qui écoutent Céline Dion, « trésor national », et font fi de la vision standardisée du « beau », au profit de la différence et des relations vraies. Ce film valorise des personnalités que la société a mis sur le banc de touche et les élève au rang d'icônes, suscitant admiration et identification. 

C'est ici que réside le génie de Dolan : parvenir à faire du mouton noir un héros, sorte d'idole accessible, lui donner de l'esthétisme, vendre sa différence et ses failles comme une force.

Voilà, j'ai vraiment adoré « Mommy », et je ne peux qu'appuyer la morale de Dolan : les sceptiques seront confondus.

 

Je vous embrasse.

Sources : les photos du film viennent du site Allociné.

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Publié par Elisa - dans Cinéma - TV
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