30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 10:28

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Comme à chaque fois, j'ai merdé en beauté ; je m'applique minutieusement à reproduire des schémas de déglingue merveilleuse en me piquant toujours au même endroit, junky de la love ou quelque chose du genre. 

C'est toujours la même, je théorise le féminisme mais fantasme le SM, je me laisse prendre là où j'avais juré qu'on ne m'y reprendrait plus, je déclare quotidiennement ma flamme aux pavés lorsque, dans la chute, ils effleurent ma gueule ensanglantée.

Je porte l'uniforme du chagrin aussi bien que Norma Jeane en robe blanche sur les grilles de métro.

Tout a commencé là, une de ces nuits humides où l’on vacille entre lourdeur et vent glacial. Une heure et des poussières, et bientôt la nuit serait baignée du bruit des chaises que les garçons remballent, quand tout le monde tangue, se laisse griser, la sève est du champagne et vous monte à la tête.

Cette nuit-là, plus encore que les autres, nous avons joué avec le feu, ri à gorge déployée dans les vapeurs de nicotine, toujours les mêmes, celles qui m'embobinent et me détruisent, chiennes de nuées cancérigènes voilant ton visage par endroits.

Je ne me souviens plus très bien ;  parfois pourtant, des flashbacks viennent s'intercaler dans ma vie comme des diapositives en slow motion.

Il pleuvait fort et je t’ai dit, « On va courir sous la pluie comme dans les films ! », on était bien je crois, j’ai cru. 

C’est beau une ville la nuit. Rue Sainte Marie, quand les ailes des insectes se brûlent aux ampoules des réverbères dans un grésillement soporifique, quand les yeux fatiguent de s’être trop enivré, admiré. Les miens étaient épuisés, prix à payer pour connaître chaque fracture sous ta peau.

De cocktails en cocktails j'ai baissé ma garde, tu as squatté mon royaume, toi l'envahisseur. En princesse titubante et fatalement dans l'hyperbole, le bouffon que tu étais s'est fait chevalier blanc. 

L'alcool est un puissant téléphone arabe, il déforme les idées de bouche en bouche.

Nous avons couru comme des enfants dans cette ville que l’on connaît par cœur, chaque pas était un bonheur douloureux. Et c’est étrange, tu avais mis ta carapace, ton air nonchalant, distrait, distant, comme une écharpe à ton cou pour te tenir chaud, mais j’avais cru lire dans tes yeux comme un appel au secours. Nos pas dans les flaques formaient des cercles à l’infini, nous avions mis le doigt sur l’épicentre de ce qui aurait pu être.

Une fois encore, tu n'as pas voulu me tenir la main, trop love love, dégueulis de sentiments qui écoeure ta fierté. Amoureuse perverse, j'avais cru pouvoir révéler à tes yeux la naissance de quelque chose, faire éclore l'œuf encore intact d'une passion dévorante, ravageuse. Il est étrange de constater que nos peaux peuvent s'adorer comme l'on se déteste.

Le verdict est sans appel : je tâche sans cesse de m'amourâcher d'hommes comme toi, empêtrés de réticences face à l'éventuelle horreur d'être emportés par quelque chose de grand.

Quand tu as passé la porte pour la dernière fois, il était trois heures et neuf minutes, et bientôt le ciel serait baigné d’une douce lumière, celle qui efface les souvenirs de la veille, qui lave les effluves d’alcool et les mauvais rêves.

Cette nuit-là, j’ai beaucoup pleuré. J’ai pleuré tout ce que j’avais sur le cœur, toutes les mauvaises décisions que j’avais prises jusqu’alors, j’ai pleuré vingt-six ans de regrets, de symétrie parfaite de mes échecs. J’ai pleuré toute la nuit, une de ces nuits humides où l’on vacille entre lourdeur et vent glacial.

À l'aube, les pavés de la ville avaient séché, j’ai écrit ces mots et me suis efforcée d’oublier ton visage, je ne lirai plus rien dans tes yeux.

Je te laisse le soin d'un jour comprendre que ton manque de courage a tout saboté.

 

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