1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 09:57

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J’ai récemment lu cet ouvrage de Philippe Delerm intitulé « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ». Ce petit trésor et un recueil de nouvelles, et chacune d'entre elles nous dépeint un instant particulier de la vie, des odeurs ou lieux, des gestes parfois anodins qui vont rester comme ça gravés, bien au chaud dans un coin de notre tête durant des années.

« C’est facile, d’écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s’ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes – une incision de l’ongle de l’index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d’un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer.(…) On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contigües font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis, il y aura juste le pain à aller chercher. »

Si je parle autant du passé, des années 90, de l’enfance, c’est que je fais manifestement un déni du présent, et certains évènements actuels m’invitent à me questionner : comment peut-on accepter que la vie et le temps s'écoulent, comment peut-on être certain d’avoir fait ce qu’il fallait, comment peut-on laisser le destin faire son travail et voir les personnes qui comptent s’en aller peu à peu ?

Ce livre m’a soudain rappelé que l’existence tient à très peu de choses : une phrase, un regard qui fait tout basculer, un instant, un millième de seconde sur une longue vie de huit à neuf décennies.


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On oublie très souvent que nos repères, nos piliers, ce sont nos parents, nos grands-parents, et ceux qui ont vécu avant eux et nous ont tout appris, faire ses lacets, monter à vélo, l’odeur de la tarte chaude sortie du four, une belle femme, ridée mais si peu, qui se retourne le sourire aux lèvres, prête à offrir une part du trésor encore tiède.

Mamie a quatre-vingt-deux ans et bientôt elle oubliera mon visage, elle oubliera le peigne un peu mouillé pour faire les tresses africaines, les biscuits du mercredi, les dessins à la craie sur le tableau noir, les goûters avec les autres mamies et quelques gorgées pétillantes de « faux champagne » à la pêche.

Bientôt elle oubliera, et à côté de ça, les fringues, les iPhone et toutes ces conneries WiFi qui sont devenues nos uniques plaisirs ne sont rien, que dalle, et ce en quoi la société s'est muée me débecte.

La famille est l'édifice de nos vies, et j’aimerais que ce post vous invite à vous souvenir, à établir des connexions plus humaines.

« Des gâteaux séparés, bien sûr. Une religieuse au café, un paris-brest, deux tartes aux fraises, un mille-feuille. A part pour un ou deux, on sait déjà à qui chacun est destiné – mais quel sera celui-en-supplément-pour-les-gourmands? (…) Pendant l’échange de monnaie, on tient le paquet par en-dessous, mais dès la porte du magasin franchie, on le saisit par la ficelle, et on l’écarte un peu du corps. C’est ainsi. Les gâteaux du dimanche sont à porter comme on tient une pendule. (…) Paquet de gâteaux à la main, on a la silhouette du professeur Tournesol – celle qu’il faut pour saluer l’effervescence d’après messe et les bouffées de P.M.U, de café, de tabac. Petits dimanches de famille, petits dimanches d’autrefois, petits dimanches d’aujourd’hui, le temps balance en encensoir au bout d’une ficelle brune. Un peu de crème pâtissière a fait juste une tache en haut de la religieuse au café. »


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J'ai ressorti de vieux clichés du tiroir. Ce que j'aime dans les photos, c'est que durant un instant, un instant si infime, tandis que l'index émet une pression sur le déclencheur et que l'obturateur s'ouvre, chacun oublie que le monde s'écroule et fait travailler ses zygomatiques, et l'on enferme une part de bonheur dans une petite boîte.


Je vous embrasse.

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commentaires

Garance Désirée 01/11/2011 21:16


Philippe Delerme = classique :)
Si tu as aimé le style en lui même, avec une économie de mots et un soucis de trouver le mot juste, tu aimera peut etre :
"Est ce que ça existe les histoires vraies" et "Frère" de Isabelle Damotte aux éditions du cheyne.
Tu me dira ce que tu en penses ;)


Elisa 01/11/2011 22:01



Merci je vais filer acheter ça! Ce genre de récits nous sort un peu du quotidien, parfois un peu de poésie fait beaucoup de bien =)



Natasha 01/11/2011 12:44


Dépression imminente.


Elisa 01/11/2011 13:15



Je te ferai boire quand t'habiteras à Metz, ça ira mieux.