21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 20:38

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L’autre jour je me la suis grave raconté au rayon sociologie de la FNAC. T’avoueras que ton égo est vachement plus flatté quand t’achètes un bouquin de sociologie que le dernier Twilight.

Ma copine Marion m’avait parlé d’un livre de Myriam Levain et Julia Tissier, un livre qui s’appelle « La Génération Y par elle-même », alors j’ai beaucoup crâné au rayon socio, et aussi à la caisse même si le bouquin coûtait vingt boules.

Marion habite super loin, on se parle peu, et malgré la distance elle savait très bien que ce livre allait beaucoup me plaire, elle savait très bien que j’en parlerais ici.

Elle avait raison.

La génération Y, ce sont les gosses nés entre 1980 et les années 2000, ceux qui ont grandi avec Internet, les réseaux sociaux, avec un plaisir intimement associé au sida, les attentats, la guerre, la précarité, le chômage en toile de fond, la haine, la pornographie, toute cette merde.

Ce livre m’a foutu une grande claque dans la gueule.


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Ce livre te balance dans la face les causes du
« choc générationnel » que l'on rencontre avec nos grands-parents, nos parents, qui ont connu mai 68, la révolution, le plein emploi, la liberté sexuelle, Woodstock et ce putain d’avenir brillant.

Nous, nous sommes arrivés après la bataille, après la gauche au pouvoir, après l’abolition de la peine de mort par Mitterrand. Nous, on a grandi avec l’idée que l’extrême droite pouvait passer au second tour, on a dû faire avec toutes les conneries des autres. Nés dans un monde de crise, on a toujours connu la précarité et, contrairement à nos aînés qui pensaient qu’en criant la société allait leur dérouler le tapis rouge, nous n’avons jamais voulu faire la révolution, nous la savions perdue d’avance.

Entre toi et moi, les manifs de 2006 contre le CPE c'était juste pour sécher les cours et faire les rebelles, personne ne savait ce que c'était et tout le monde s'en trimballait, y avait pas d'âme derrière, pas de convictions.

L’autre jour, j’ai maté « Le péril jeune », de Cédric Klapisch. Il y a une scène incroyable dans ce film dont l’action se déroule en 76 (tmtc juste après les Trente Glorieuses), lorsque les jeunes organisent une manifestation contre le chômage et que l’un des jeunes dit « Une manif’ contre le chômage, mais c’est nouveau ça ! On va quand même pas se battre pour travailler ! (…) Moi à la limite je trouve ça marrant de plus bosser, tout d’un coup ça devient un problème !», quelques secondes plus tard, on voit une affiche où il est écrit « 700 000 chômeurs ! ». Laisse-moi rire les petits joueurs quoi, nous on est presque trois millions donc à partir de là on va pas venir te lécher comme un agneau en t’offrant dix mille boules par mois.

Dans un contexte d’exploitation des jeunes, diplômés ou non, la génération Y préfère aller pointer au Pôle Emploi plutôt que de trimer sans aucune reconnaissance ni aucun épanouissement personnel. Ça m’a fait repenser aux cours de philo et au « report de jouissance » évoqué par Freud.

Le « report de jouissance », ça consiste à souffrir et faire des sacrifices maintenant pour jouir plus tard, pensée dominante des générations passées. En gros, avant on acceptait n'importe quel boulot ingrat qui permettait de payer le loyer. Aujourd’hui, on se tourne davantage vers la « conquête du présent ». Le travail doit avant tout être source d’épanouissement, la génération Y n’hésite plus à claquer la porte avant même d’avoir trouvé un autre emploi, elle ne se rend pas compte que cet acte aura des conséquences néfastes puisque les parents ont toujours été derrière elle pour rattraper ses bêtises.

La génération Y est spontanée, ou inconsciente selon le point de vue, nous sommes les enfants du divorce et des familles recomposées, les smicards de la vie dopés au porno, forcés à grandir très vite et à prendre nos responsabilités, des jouisseurs de la lose, voilà ce que nous sommes.


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Pour nous, enfants de la mondialisation, il n’y a jamais eu d’autre système que le capitalisme roi. Le marché de l’emploi s’est toujours apparenté à une forteresse peuplée de requins et autres fils de pute, notre génération n’est pas, à l’instar de la génération X, emplie d’utopies, bordélique ou anarchiste, elle ne se syndique pas, n’adhère à aucun parti, elle ne croit plus à toutes ces conneries, elle s’en bat la race, elle n’a rien à perdre puisqu’on ne lui a jamais rien offert.

La génération Y réinvente la façon dont les gens communiquent, elle tweete, elle poke, elle chate, elle like, et tandis que ses aînés la voient comme une génération d’autistes incapables de citer au moins un roman de Balzac, certains deviennent des stars du net comme Norman Thavaud, et inventent ainsi un nouveau système D via les réseaux sociaux et les blogs dans le but de contourner le système traditionnel qui ne leur a jamais fait de cadeaux.

Notre génération est un peu individualiste, la quête de soi est devenue un filon juteux pour les psys et autres coaches personnels, les adeptes du divan sont de plus en plus nombreux, à tel point que notre génération est devenue Prozac addicted et que la sinistrose s’est muée en pathologie mainstream.

Certes, le bilan est un peu chaotique mais comme le dit si bien Zazie, « C’est fini cow-boy, fini mais rassure-toi, on peut pas tomber plus bas ».

Après Freud, fallait quand même citer un autre genre de référence.

J’embrasse tous les smicards et les chômeurs de 2012, les chefs d’entreprise et les paumés, les immigrés, les corrompus, les geeks, les joueurs de foot qui vont aux putes, les jeunes, les vieux, les enfants de demain, tous ces gens qui cohabitent sans même se connaître.

J’embrasse ceux qui sont arrivés au bout de ce post, eh t’as vu comment j’ai mis la grosse ambiance ?!

 

LOVE.

 

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Publié par Elisa - dans Culture
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commentaires

Yunalesca 05/04/2012 11:54

Hihi merci ;) j'avoues Marion est ma meilleure amie ^^ c'est elle qui m'a envoyé ton lien et c'est moi qui t'ai rajouté sur FB par la suite !

Yunalesca 04/04/2012 15:10

Super intéressant et une plume qui en dit long ;)

Elisa 04/04/2012 19:17



Merci, et si tu es une amie de Marion, tu es forcément intéressante également =))



Natacha 21/03/2012 22:26

J'ai tenu jusqu'au bout et n'ai en aucun cas regretté!
Bel article! Tellement vrai.
Je ne manquerai pas d'acheter ce bouquin!

Elisa 21/03/2012 22:31



Merci Natacha ! Oui je te conseille vraiment ce livre, en ce moment je suis très penchée sociologie et celui-ci est très bien écrit, j'ai été vraiment surprise par la véracité du propos et on
s'identifie vraiment dans tous les thèmes abordés. Bisous bisous =)



rosecocoon 21/03/2012 21:26

met l'ambiance que tu veux, j'ai lu jusqu'au bout.


Je suis en plein dedans, née en 1987, un peu larguée, surtout quand mes parents avaient l'air d'avoir tellement plus de facilités avant, que nous maintenant, tous connectés, mais avec trop de
choses à gérer.

On n'est pas la génération née au meilleur moment, y en a aucune qui naît quand il faut.

Mais tu sais, on fait comme on peut.
Le tout c'est de rester entier de sa tête, ne pas trop s'éparpiller.

Et surtout, tenir aux meilleures valeurs fondamentales qu'on a pu nous apprendre avant qu'on ait eu à toucher un clavier de quelque sorte qu'il soit.


Bonne soirée Elisa.

Elisa 21/03/2012 21:34



Quand les parents sont conscients que la génération actuelle n'est plus la leur, que les pratiques professionnelles n'ont rien à voir avec ce qu'elles étaient par le passé et qu'ils comprennent
la galère dans laquelle on vit, ça va, mais la morale inépuisable qui cherche à nous faire passer pour des incapables parce qu'avec un master on ne trouve pas d'emploi, ça commence un peu à
gaver, la coupe est pleine comme on dit.


Mais on s'en sortira, comme les autres l'ont fait avant nous =)



Little Whale* 21/03/2012 21:09

Super super super super super. J'ai envie de le lire maintenant :D

Elisa 21/03/2012 21:37



GO GIRL !