28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 07:07

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L'autre soir, en matant le second volet du « Summer of the 90s » d'Arte j'ai eu une révélation, une révélation qui a répondu à l'éternelle question du pourquoi je (et dans une plus large mesure, la majorité de mes amis, et des tiens aussi), ne vis pas avec mon temps, pourquoi je suis restée kéblo en 90, pourquoi je suis dans le déni permanent d'une société qui est la mienne sans l'être tout à fait.

Ouais je te fais un teaser de malade façon « Songe d'une nuit d'été »...

1989, la chute du Mur de Berlin provoque un retour des libertés. Le mur n'est plus et cet événement a des retentissements dans toute l'Europe, laissant place à des années de déglingue, d’excès, de franchissement de toutes les limites préalablement établies. Comme si l’apparition du SIDA nous avait poussés à défier notre mortalité, nous avons plongé dans une sorte d’effervescence sexuelle à base de MDMA et de techno parade.  

« Les bras vers le ciel et les pieds sur la piste, les années 90 sont la décennie des soirées en clubs et des grandes messes électroniques. Le son de l’époque est celui de la fête. »

A l’image du titre de Rozalla « Everybody’s free », les années 90 et la dance culture sonnent le règne du divertissement, de l’acceptation voire la mise en exergue des différences. La nuit devient alors terre de liberté pour la communauté LGBT.

Les années 90 riment avec le trop, le too much, l’outrancier, l’interdit et surtout la transgression de l’interdit. Ca transpire dans la mode, dans les attitudes, la pratique du clubbing, les mœurs d’une société positive et active, à l’image de l’économie boostée par l’arrivée des nouvelles technologies.

Un samedi soir en apparence comme les autres, j'ai maté la première partie du documentaire d’Arte, « Welcome to the 90s » et j'ai ouvert les yeux sur ce que j’avais vécu. Inconsciemment, j’ai été le témoin d’une libéralisation totale des corps et des esprits sans réaliser la portée du truc.


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[Linda et Naomi pour Chanel, Versace et Anna Sui, 90's runways]


Mais le 11 septembre 2001 à 8h46, la ville de New York s'est retrouvée ensevelie sous les décombres, un brouillard poussiéreux a obscurci l’avenir, tout a foutu le camp.

J'avais treize ans, dans mon journal de l'époque j'ai écrit (ça va sois pas désagréable...) :

«  Mardi 11/09/01. 21h10. Le monde devient fou. Les Etats-Unis sont en guerre. Il y a eu quatre attentats aujourd'hui et des milliers de personnes sont entre la vie et la mort. J'ai peur que la France soit elle aussi bientôt en guerre, j'ai peur que cette vie parfaite ne s'arrête trop tôt.  »

Devant mon téléviseur, je me suis souvenue et j'ai réalisé avec horreur que les attentats du 11 septembre 2001 avaient mis un frein à l'élan de positivisme qui avait caractérisé la décennie précédente. Tout vient de là, le monde s'est arrêté de vivre le mardi 11 septembre 2001 à 8h46.  

J'ai eu un gros coup de flippe et des questionnements : comment seraient nos vies si ces putains d’avions n’avaient pas percuté les deux tours ? Et qui serions-nous ? 

Je suis probablement la seule à n'avoir pas pris conscience de ça mais cet événement a marqué un tournant phénoménal dans la vie des gens. Il ne s'agit plus simplement d'un fait historique mais d'une fracture sociétale : la peur s'est emparée de chacun d'entre nous, et si nous étions allés trop loin ? Et si cet excès de confiance avait provoqué ça ?

Entre 1989 et 2001, nous avons eu droit à douze ans de « no limit », douze années de vie à cent à l’heure, d’extase et puis plus rien.

Le 11 septembre, tout ce pour quoi la génération précédente avait lutté a fait son grand come-back : interdits, tabous, contrôles et frustration. Alors voilà, nous vivons aujourd'hui dans la frustration d’avoir été stoppés dans notre élan ; née à une époque où le roulage de pelles était roi, la génération Y vit en 2014 dans une société qui a peur et qui ne bouge plus ou très peu, une société qui a mis trop d’années à légaliser le mariage pour tous et qui se demande encore si un enfant peut vivre heureux avec deux papas et deux mamans.

Nous vivons dans l’incompréhension, nous vivons au ralenti.  

Alors, devant mon téléviseur j'ai tout compris, j'ai compris pourquoi tant de regrets, pourquoi j'aurais voulu que ça dure encore, j'ai compris et j'ai pensé qu'il fallait que tu saches, que tu saches ce qu'on aurait pu être, que 2015 aurait dû avoir la gueule que Zemeckis et Spielberg lui ont donné, avec des voitures qui volent et surtout l'effervescence d'une jeunesse qui n'a pas de limites.

Voilà, maintenant que j’ai bien mis l’ambiance je te laisse avec le documentaire « Welcome to the 90s », disponible en replay pendant sept jours sur le site d’Arte. Sept jour de réminiscence.

Je t'embrasse. 

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Publié par Elisa - dans Culture
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