28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 07:07

summer-2

 

L'autre soir, en matant le second volet du « Summer of the 90s » d'Arte j'ai eu une révélation, une révélation qui a répondu à l'éternelle question du pourquoi je (et dans une plus large mesure, la majorité de mes amis, et des tiens aussi), ne vis pas avec mon temps, pourquoi je suis restée kéblo en 90, pourquoi je suis dans le déni permanent d'une société qui est la mienne sans l'être tout à fait.

Ouais je te fais un teaser de malade façon « Songe d'une nuit d'été »...

1989, la chute du Mur de Berlin provoque un retour des libertés. Le mur n'est plus et cet événement a des retentissements dans toute l'Europe, laissant place à des années de déglingue, d’excès, de franchissement de toutes les limites préalablement établies. Comme si l’apparition du SIDA nous avait poussés à défier notre mortalité, nous avons plongé dans une sorte d’effervescence sexuelle à base de MDMA et de techno parade.  

« Les bras vers le ciel et les pieds sur la piste, les années 90 sont la décennie des soirées en clubs et des grandes messes électroniques. Le son de l’époque est celui de la fête. »

A l’image du titre de Rozalla « Everybody’s free », les années 90 et la dance culture sonnent le règne du divertissement, de l’acceptation voire la mise en exergue des différences. La nuit devient alors terre de liberté pour la communauté LGBT.

Les années 90 riment avec le trop, le too much, l’outrancier, l’interdit et surtout la transgression de l’interdit. Ca transpire dans la mode, dans les attitudes, la pratique du clubbing, les mœurs d’une société positive et active, à l’image de l’économie boostée par l’arrivée des nouvelles technologies.

Un samedi soir en apparence comme les autres, j'ai maté la première partie du documentaire d’Arte, « Welcome to the 90s » et j'ai ouvert les yeux sur ce que j’avais vécu. Inconsciemment, j’ai été le témoin d’une libéralisation totale des corps et des esprits sans réaliser la portée du truc.


21-chanel.png 3-versace.png 1.png

[Linda et Naomi pour Chanel, Versace et Anna Sui, 90's runways]


Mais le 11 septembre 2001 à 8h46, la ville de New York s'est retrouvée ensevelie sous les décombres, un brouillard poussiéreux a obscurci l’avenir, tout a foutu le camp.

J'avais treize ans, dans mon journal de l'époque j'ai écrit (ça va sois pas désagréable...) :

«  Mardi 11/09/01. 21h10. Le monde devient fou. Les Etats-Unis sont en guerre. Il y a eu quatre attentats aujourd'hui et des milliers de personnes sont entre la vie et la mort. J'ai peur que la France soit elle aussi bientôt en guerre, j'ai peur que cette vie parfaite ne s'arrête trop tôt.  »

Devant mon téléviseur, je me suis souvenue et j'ai réalisé avec horreur que les attentats du 11 septembre 2001 avaient mis un frein à l'élan de positivisme qui avait caractérisé la décennie précédente. Tout vient de là, le monde s'est arrêté de vivre le mardi 11 septembre 2001 à 8h46.  

J'ai eu un gros coup de flippe et des questionnements : comment seraient nos vies si ces putains d’avions n’avaient pas percuté les deux tours ? Et qui serions-nous ? 

Je suis probablement la seule à n'avoir pas pris conscience de ça mais cet événement a marqué un tournant phénoménal dans la vie des gens. Il ne s'agit plus simplement d'un fait historique mais d'une fracture sociétale : la peur s'est emparée de chacun d'entre nous, et si nous étions allés trop loin ? Et si cet excès de confiance avait provoqué ça ?

Entre 1989 et 2001, nous avons eu droit à douze ans de « no limit », douze années de vie à cent à l’heure, d’extase et puis plus rien.

Le 11 septembre, tout ce pour quoi la génération précédente avait lutté a fait son grand come-back : interdits, tabous, contrôles et frustration. Alors voilà, nous vivons aujourd'hui dans la frustration d’avoir été stoppés dans notre élan ; née à une époque où le roulage de pelles était roi, la génération Y vit en 2014 dans une société qui a peur et qui ne bouge plus ou très peu, une société qui a mis trop d’années à légaliser le mariage pour tous et qui se demande encore si un enfant peut vivre heureux avec deux papas et deux mamans.

Nous vivons dans l’incompréhension, nous vivons au ralenti.  

Alors, devant mon téléviseur j'ai tout compris, j'ai compris pourquoi tant de regrets, pourquoi j'aurais voulu que ça dure encore, j'ai compris et j'ai pensé qu'il fallait que tu saches, que tu saches ce qu'on aurait pu être, que 2015 aurait dû avoir la gueule que Zemeckis et Spielberg lui ont donné, avec des voitures qui volent et surtout l'effervescence d'une jeunesse qui n'a pas de limites.

Voilà, maintenant que j’ai bien mis l’ambiance je te laisse avec le documentaire « Welcome to the 90s », disponible en replay pendant sept jours sur le site d’Arte. Sept jour de réminiscence.

Je t'embrasse. 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 12:55

summer-2

Tout l’été, Arte met chaque week-end les années 90 à l’honneur avec son « Summer of the 90s » présenté par Laurent Garnier (tu n’es pas sans savoir que je porte ces années très fort dans mon cœur).

Première grande rétrospective sur cette décennie, on y parle de bouleversements, de tendances, de rébellion et d’hystérie collective.

Arte revient, par le biais de documentaires et concerts, à l’essence même d’une période qui évolue sans mur de Berlin, avec l’arrivée du SIDA, de l’Internet, de la déferlante rap / hip hop et grunge, avec notamment Kurt Cobain et Nirvana, l’une des thématiques de ce premier volet.

Intitulé « Too young to die », le documentaire de Niels Negendank diffusé par Arte revient sur les années phares du groupe mythique, et plus précisément sur la personnalité destructrice de son lead singer.

61257947bc5db5a8002be1925757d3f0_large.pngcobain.png


Kurt est né à Aberdeen en 1967, une ville déprimante de l'Etat de Washington où les jeunes font du bruit et se défoncent dans des squats pour combattre l'ennui et la dépression.

« La population d'Aberdeen est constituée de beaufs, bigots mâchonneurs de tabac, flingueurs de cerfs, tueurs de pédés, un tas de bûcherons pas vraiment portés sur les gugusses "new wave" »

J’y ai vu un rapport certain avec mon post de 2011 qui traitait d'une tendance à la déglingue volontaire, « vivre jeune, mourir vite et faire un beau cadavre ».

Janis Joplin, Jim Morrison, Kurt Cobain ou Amy Winehouse, autant de noms évoquant une dépendance à la drogue et une incitation à la débauche, le fameux « Club des 27 », autant de destins brisés dans le feu de la gloire, leurs visages presque encore adolescents sur le papier glacé des tabloïds, comme pour demeurer éternellement.

Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, voici le documentaire en question.  


     

Je vous embrasse.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 11:00

Zinedine-Zidane-zinedine-zidane-27986060-900-600.jpg

Salut Zizou, j'espère que ça va pour toi, nous on t'oublie pas mon frère.


Salut les copains.

L’autre soir je suis tombée sur un documentaire qui s’appelait « Ils ont voté Front National ». Je ne sais pas si le parti mérite ses majuscules, à mes yeux il ne prône rien de grand mais j’ai quand même voulu entendre les arguments de ces gens-là, par curiosité et pour n’accabler personne sans raisons.

Alors on y voyait des citoyens de ma région, là tout près à quelques kilomètres de chez moi (Hayange, Algrange tmtc), des ouvriers d’ArcelorMittal qui voyaient en Marine Le Pen la solution à leurs problèmes, parce que c'est bien connu « il faut faire le ménage », la crise vient de là, trop d'étrangers en France tout ça.

On y voyait la populace s’entasser dans un PMU, des Français de pure souche et d’autres Français, les imposteurs tu sais, ceux qui sont venus là dans l’espoir d’une vie meilleure.

On y voyait une famille kosovare réfugiée en Lorraine, le père, homme d'influence dans son pays, la mère, accrochée à ses photos de famille, un ordinateur pour l'aîné, des robes de couturiers pour elle. Ils faisaient partie de la Haute avant la mafia, avant les menaces de mort. Alors ils sont venus se cacher ici, l'Etat français leur offre un refuge et quatre euros par jour et par personne. Leur dignité en revanche, aucun pays n'a su leur redonner, on n'achète pas l'honneur d'un peuple.

On y voyait un maire expliquer qu'il a voté FN pour « éviter que quelque chose n'arrive », je vous mets cet extrait :

 


On y voyait une journaliste interviewer un homme, le questionner sur ses opinions, et cet homme disait « le FN pourquoi pas ? On n’a jamais essayé, qui sait ? ». Un autre homme, d’origine maghrébine de renchérir « quand Zinédine Zidane a fait gagner la France en 98, on s’en foutait qu’il soit arabe hein pas vrai ? Le président l’a félicité, c’était un bon Français, et moi je suis né en 72 comme lui, j’ai la même carte d’identité mais j’ai pas marqué deux buts alors je suis pas français ? ».

Ce que cet homme a dit m’a fait beaucoup pleurer. J’ai beaucoup pleuré parce que je me souviendrai toute ma vie de ce putain de soir du 12 juillet 98 ; la France du 12 juillet 98 elle était belle, elle était unie, toi t’étais dans le stade, moi aussi et on criait fort, on pleurait de joie, y avait Zidane, Henry, Lizarazu, Barthez ou Karembeu, personne n’en avait rien à foutre de la couleur de peau de son voisin, on était des frères, on avait gagné, on avait gagné.

 

Sans-titre-1-copie-1.jpg

Tu sais je respecte tout le monde, même ceux qui ont voté Le Pen par désespoir, les extrémistes néo-convertis, je les respecte parce qu’ils sont comme toi et moi, dans le fond je sais que les gens saignent, je sais que les gens s’aiment.

Mon père est italien, il n’a jamais voté parce qu’il n’a pas le droit, mon père n’est pas français, il est né de parents immigrés sur le sol français, il ne retournera jamais chez lui parce qu’il y est déjà, il travaille depuis des années pour la France, il paye ses impôts comme n’importe quel Français de sang pur. Et moi je l’aime mon père, j’aime mon métissage, je pense au quartier où j’ai grandi, aux jeunes qui portaient tous un maillot avec le numéro 10 placardé au dos comme une croix, je pense à mes potes espagnols, algériens, marocains, italiens, portugais, colombiens et les autres, je pense à Marine, à Marianne, à la France et je ne la comprends plus.

On était gosses, c'était à peine hier et nos potes dans les city stades nous rendaient fiers, celui-ci parce qu'il venait du Congo comme Makelele, celui-là parce que son père était ami avec Pirès, black blanc beurre c'était pas un problème, on était riches de ça, on se nourrissait de ça.

Alors je ne sais pas si Marine aime autant son père que moi, si elle est fière de lui, si elle est fière d’elle et de ce qu’elle incarne, je ne sais pas si les mecs à Hayange ont ressenti de la honte en écoutant leurs propres idées, je ne sais pas à quel moment le nationalisme et la haine de l’autre se sont emparés d’eux, mais j'ai l'espoir que le FN ne vainc jamais, parce que dans le fond je sais que les gens saignent, je sais que les gens s'aiment.

 

Je vous embrasse.

 

Capture-plein-ecran-23012012-1807091

Sources : Documentaire « Ils ont voté Front National », produit par Mélissa Theuriau pour M6 - O sindicados - La règle du jeu

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 19:24

b08ce7fedcabc40b4b48ce8ae0b9ac62_large.jpeg.jpg

Salut les copains, ça va bien ? La neige, l'hiver tout ça ? 

L'autre soir j’ai maté le dernier spectacle de Jamel, celui de l’an dernier qui s’appelle « Tout sur Jamel ».

En vrai je pensais que j’aimais plus Jamel, parce que tmtc on a tous aimé Jamel à un moment, Jamel avant c’était comme Zinedine Zidane, c’était les frères tout ça, au collège quand t’avais vachement de problèmes avec tes cheveux et que tes potes jouaient beaucoup trop au foot. 

Alors voilà, les références de ma génération c'était Zidane et Jamel.

Et puis je sais pas, Jamel il est devenu vachement célèbre, il a pris le melon et Zidane a foutu le coup de boule de trop et puis tout est parti en vrille.


13780-jamel-debbouze-et-zinedine-zidane-fullscreen-1.jpg

Mais l'autre soir par nostalgie j’ai maté le dernier spectacle de Jamel et on s'est réconcilié.

Le spectacle de Jamel c’était beau quoi, c’était différent, c’était l’histoire du mec qui a grandi à Trappes, du petit rebeu pas trop beau qui est allé au collège Gustave Courbet (sûrement le plus pourri de France mec), c’était l’histoire de ses frères, de sa mère et son père qui n'avaient pas grand-chose et qui achetaient du shampooing aux œufs par cher en bouteilles de 5L.

C’était l’histoire du mec qui se cachait dans sa chambre pour jouer la comédie devant son miroir parce qu’il savait qu'en maths il touchait pas sa bille (expression d'usage courant en 56), et c’était l’histoire du choc des cultures entre la France et le Maroc, quand il a rencontré Mélissa, le choix du prénom de son fils en hommage à Léon Blum tout ça.

Dans le spectacle de Jamel y a toute sa vie, il y parle d’Obama et des blacks de son quartier qui marchaient la tête haute le jour de son élection en 2008, il y parle de l’éducation de son fils entre la culture musulmane et les croyances chrétiennes, il y parle du Comédie Club sur les Grands Boulevards où a joué Stevie Wonder, un truc de guedin quand on y pense, et vraiment ce type-là il m’a touché.

Tu vois j’pensais qu’il était devenu comme les autres à se la raconter, j’pensais qu’il avait oublié d’où il venait parce qu’au train où vont les choses t’as vite fait de renier tes origines, mais Jamel c’est toujours un frère.

À la fin du spectacle y a une série de photos, un truc super court et super fort, on y voit ses parents, jeunes, l'abonnement SNCF tarif famille nombreuse de son père, Jamel et ses frères qui font les beaux gosses, Nicolas Anelka et Zidane, Jamel et sa mère le jour de son mariage, et il dit un truc, un truc qui m'a bouleversé :

« D’où je suis j’ai vraiment la meilleure place, y a des gens de toutes les origines mais surtout de toutes les générations et vous entendre rire en même temps je vous jure que ça fait chaud au coeur, vive la France. »

Jamel dans son spectacle il fait passer un vrai message de tolérance, il dit que dans la vie il a pris son courage à une main et il a réussi, et y a même pas de malaise, les gens rient, les gens applaudissent, et j’suis contente de voir que les choses avancent, que les idées bougent un petit peu.

Voilà, tout ça pour dire que j’aime bien Jamel, c’est un type bien, et puis franchement, Materazzi il le méritait quand même un peu le coup de boule non ? On traite pas les mères c'est quoi cette histoire ?


Je vous embrasse.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 12:00

623.lebrun.jpg
[2010, une famille afro-américaine célèbre
l'obtention du diplôme de leur fille, étudiante au Brockton High School. Les proches ont fait le voyage depuis Haïti pour célébrer l'évènement avec eux. Cette phogragraphie fait partie de la série « City of Champions » de Mary Beth Meehan.]
 

« Mais supposons que Dieu soit noir, que se passe-t-il si nous arrivons au Ciel et qu’on a traité le noir toute sa vie comme un être inférieur ? »

Robert Kennedy, août 1966.
 

Nous sommes en mars 2008 à Philadelphie et pour la première fois depuis Martin Luther King en 63  – à l’époque épaulé par J.F. Kennedy dans sa lutte contre la ségrégation raciale – un homme va prononcer un discours à l’égal de son aîné, un discours pour le peuple dans une Amérique aux mille visages, un discours sur les rapports raciaux et des réflexions qui dépassent les seules problématiques américaines, un discours universel.

Cet homme s’appelle Barack Hussein Obama, il est né à Hawaï d’un père kényan, d’une mère américaine originaire du Kansas et il a à cette époque quarante-sept ans.
 

« Je suis le fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas. (…) J’ai épousé une Noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, héritage que nous avons transmis à nos deux filles. J’ai des frères, des soeurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins de toute race et de toute couleur, dispersés sur trois continents, et aussi longtemps que je vivrai, je n’oublierai jamais que nul autre pays du monde n’aurait rendu mon histoire possible. C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus conventionnel. Mais c’est une histoire qui a inscrit dans mes gènes l’idée que cette nation est bien plus que la somme de ses individus, que, tous autant que nous sommes, nous ne faisons qu’un. »
 

Et le 4 novembre 2008, dans un contexte de guerre en Irak et en Afghanistan, d'importante récession de l'économie américaine et de crise financière et économique mondiale, cet homme noir est élu 44è président des États-Unis d’Amérique, évènement qui apparaît comme historique dans un pays qui connaissait encore la ségrégation dans les années 60.

Et j'ai pensé à Rosa Parks qui n'était plus là pour voir ça, j'ai pleuré pour elle, j'ai pleuré de joie pour elle, et j'ai pensé à Luther King qui osait faire un rêve quarante-cinq ans plus tôt.


Barack-Obama_portrait_w674.jpg

Septembre 2012, le journal Le Monde sort un hors-série intitulé « L’Amérique d’Obama ». Pour la première fois depuis des dizaines d'années, on ose y évoquer le déclin des États-Unis d’Amérique, la quasi disparition du « rêve américain » et l’on annonce que d’ici 2020, la Chine remplacera les US en tant que plus grande puissance mondiale.

On y trouve des articles sur les quatre coins du pays, on y parle de Reading en Pennsylvanie, ville ouvrière symbole de l’effondrement industriel, la mise à mort de vingt usines en douze ans et le licenciement de ses cols bleus; on y parle de Saint-Louis dans le Missouri, l’une des villes les plus marquées par l’héritage de la ségrégation; ce soir-là, un concert de rap s’achève dans un restaurant de la rue principale, face à l'établissement, la police prend place pour surveiller la sortie du concert, comme si la présence d’un public très majoritairement noir était un facteur de risques, c’est comme ça qu’on raisonne à Saint-Louis.

On y parle d’une société en plein doute, de la fragmentation des idéaux et de la radicalisation des Partis démocrates et républicains, tout fout le camp – entre toi et moi, pour Sarah Palin et son putain de Tea Party il faut faire quelque chose, la chaise ou je ne sais pas – et surtout, on y voit une Amérique en berne et des paysages de misère.


616.downtown-from-above.jpg606.12.jpg
[La ville de Brockton dans le Massachussetts, anciennement connue sous le nom de « ville des Champions », grâce à la réussite des boxeurs Rocky Marciano et Marvin Hagler, a été durement touchée par la mondialisation et l'effondrement de l'industrie, son supermarché est fermé depuis vingt ans. Photographies de Mary Beth Meehan.]

L’Amérique d’aujourd’hui elle est là, non plus peuplée de mormons conservateurs mais multiethnique. Cette Amérique est en plein bouleversement démographique et à l’horizon 2050, ce que l’on appelle très hypocritement les « non-Blancs » seront majoritaires. On assiste au passage d’une culture de baby-boomers largement blanche à un pays plus mondialisé.

Et ce qui me fascine, c'est l'engouement auquel on a pu assister ces derniers mois, l'engouement du monde entier pour un seul homme, comme si ce type représentait finalement l'espoir universel, une espèce de figure paternelle, de guide éclairé. Tmtc, dans les années 90, papa Clinton a très bien joué le rôle du grand chef blanc (juste avant de se faire pomper sous le bureau, et un full big up pour Monica).

Obama, c'est le type qui a rendu possible l’impossible, celui qui a cru en des millions de gens, des gens différents les uns des autres, des Blancs, des Latinos, des Asiatiques, des Afro-américains, des jeunes et des moins jeunes, des ouvriers, des professeurs ou des syndicalistes, des gens à qui l’on avait trop souvent dit qu’ils ne comptaient pas, que l’Amérique n’était pas leur pays, et à ces gens-là, Barack Obama a rappelé un célèbre extrait de la Déclaration d’Indépendance de 1776 qui disait :

« Nous tenons ces vérités comme allant d'elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

Aujourd'hui comme partout, l'Amérique souffre, les gens ont peur pour l'avenir, et tandis qu’il rempile pour quatre ans, au réveil, cet homme doit secrètement se demander s’il va pouvoir sauver cette Amérique, et il se doit de le faire parce que ces putains de visages pleins d’espoir sont gravés dans sa mémoire, tous les jours, toutes ces mains qu’il a serrées et toutes les histoires qu’il a entendues sont celles d’un peuple, d’un monde qui a besoin de lui.

Cet homme-là, c’est un héros, même si tout reste à faire, même si la machine s’est enraillée par la folie des Hommes, parce qu'au fond, ce type-là mon pote, il a déjà tout changé.


Je vous embrasse.
 

Sources : Le Monde Hors-Série, septembre/novembre 2012 - Projet « City of Champions » de Mary Beth Meehan - Obama by Terry Richardson.
 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:05

tumblr_m4t1ty2FPg1qcdz20o1_1280.jpg

Un samedi soir je regarde « On n’est pas couché », avec Ruquier et ses deux grognasses. C’est une émission que je regarde depuis des années, je trouve son concept très intéressant, débattre sur des tas de sujets différents, avec des tas de gens différents.

Ce samedi-là y a un mec, un certain Jean-Paul Brighelli, il n’a pas l’air très sympathique, il est enseignant, a écrit des romans érotiques sous divers pseudonymes, et est apparemment originaire du sud, c’est ce que son accent me dit.

Ce mec-là, il est invité pour la sortie de son essai sociologique « La société pornographique ». Alors j’me dis que ça peut être intéressant, pas de parler boule mais bien d’un truc qui est devenu inhérent à notre époque, la dépendance au porno, tout ça.

Je regarde l’émission et comme toujours, j’me dis putain, ce mec-là personne ne le connaît on est bien d’accord, et en l’espace de cinq minutes le service public t’as retourné le cerveau et demain t’iras à la FNAC acheter un bouquin qui parle de films de cul.

Il m’a coûté 16 euros. Bien. Mais je vais y revenir.


tumblr_m53zwrfUJk1qcdz20o1_1280.jpg


La meuf en photo (plus haut également), c’est Jessie Andrews. Jessie Andrews vient d’avoir vingt ans. J’ai découvert cette fille dans une autre émission, une émission qui parlait d’Hollywood et de ses rêves de gloire. Jessie voulait devenir actrice, elle en avait toutes les qualités, avec son joli visage enfantin et sa sympathie. Alors à dix-huit ans, Jessie est devenue actrice, mais pas le genre d’actrice qui monte les marches à Cannes, une actrice de films X.

Je regarde le reportage et Jessie nous parle de l’industrie du porno comme d’une poule aux œufs d’or, Jessie gagne 700 euros par jour en ne faisant selon elle, pas grand-chose.
 

« C’est beaucoup plus facile de percer dans le porno. Même débutante, tu peux te faire de l’argent tout de suite. (…) Tu vas forcément plaire à quelqu’un (…) et hop, tu t’es fait 700 euros ».


Elle n’a pas d’appartement, alors elle vit dans le studio où sont tournés ses films, avec pour berceuse les gémissements des autres actrices. Jessie dit qu’elle est habituée, ça ne la dérange pas. Elle partage sa vie et son corps sur son Tumblr, sans honte, sans gêne.

Je regarde cette fille pleine de vie et je me demande…comment peut-on accepter ce genre de vie, alors même que Jessie avait d’autres rêves plus honorables ? Je ne comprends pas. L’attrait pour l’argent est-il si irrésistible ?


tumblr_m52rvm3G9E1qcdz20o1_12801.png


Dans son livre, « La société pornographique », Jean-Paul Brighelli fait une très juste comparaison entre la junk food et la pornographie. L’érotisme d’antan amenait les choses avec plus ou moins de délicatesse, mais la pornographie elle, a tout balayé, aujourd’hui, on a affaire à du « fast-sex ».

Je parlais de la publicité il y a quelques temps. Jean-Paul Brighelli revient sur une campagne publicitaire de 81, une campagne de l’Afficheur Avenir qui a marqué les esprits. On y voyait une jeune fille, Myriam qu’elle s’appelait, en maillot de bain, qui annonçait « Le 2 septembre, j’enlève le haut ». Et elle l’ôta effectivement à ladite date, laissant apparaître glorieusement ses seins, en proclamant cette fois « Le 4 septembre, j’enlève le bas », ce qu’elle fit également. Sur cette dernière affiche apparaît le slogan « Avenir, l’Afficheur qui tient ses promesses ».


avenir-campagne-enleve-le-haut1.jpgavenir-campagne-enleve-le-bas.jpgavenir-afficheur-tient-ses-promesses.jpg


Alors, je ne comprends pas très bien l’intérêt de ce genre de pub, et de toutes les autres affichant une femme à moitié à poil pour nous vendre du parfum. Quel est le rapport au juste ?

Dans les années 50 et avant le phénomène de « libération sexuelle », l’érotisme, ancêtre de la pornographie, et la presse liée au sexe, c’était quelque chose qu’on chinait discrètement dans les arrière-boutiques, on suggérait, on observait à travers les serrures, le désir ne pouvait se dire que par effraction. Aujourd’hui, on vend du sexe virtuel, la pornographie est la nouvelle éducation sexuelle de l’adolescent en phase masturbatoire, le même type de satisfaction impulsive et immédiate que l’ingestion d’un Big Mac.

Alors t’as un pauvre malheureux de 13 ans, totalement inexpérimenté et curieux d’en savoir un peu plus sur l’énigme qu’est la femme. Ce grand enfant, en deux clics, va tomber sur un film porno sur l’Internet, et ce qu’il va y voir, c’est le règne du faux, des hommes aux queues magistrales filmées en contre-plongée, des femmes siliconées,  trafiquées de A à Z et épilées au laser, et ce jeune-là, croyant avoir affaire au sexe dans sa pratique la plus générale, va s’empresser d’adopter le comportement stéréotypé du hardeur et de violer une jeune fille sur le parvis d’une gare pendant que ses copains filmeront l’exploit et posteront la vidéo sur Facebook. Véridique.

C’est un truc totalement hallucinant, je ne sais pas. Nous vivons à une époque où tout est bon à prendre, où la dignité d’une personne vaut quelques centaines de dollars. La chair des films pornos est le chiffon rouge sur lequel foncent les jeunes et les moins jeunes, parce qu’ils se croient taureaux.

J’ai lu le livre de Jean-Paul Brighelli et j’ai compris pourquoi tant de malades couraient les rues, pourquoi tous ces viols, ces meufs embrigadées dans des tournantes aux allures d’orgies scénarisées.

La pornographie assigne, elle ordonne, elle impose. Elle tue le désir en prétendant le combler, elle fait le vide, elle fait le rien, l’obscène est sur la toile, il est aussi dans les discours des politiques, les comportements et les stratégies des publicistes.

Je vous conseille vraiment ce livre, et aussi mettez une culotte bon sang.

Voilà, c’était long, mais c'était bon, non ?


Je vous embrasse.
 

Sources : Les photos de Jessie Andrews sont issues de son Tumblr - les photos de la campagne Myriam viennent du site Publigeekaire.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 19:05

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2011/09/261.gif

Alors les  mecs, tout le monde a bien voté ? Tout le monde est bien fier de voir qu’en 2017 le FN passera au second tour et remportera les présidentielles ? C’est cool j’vous kiffe t'as vu, champions du monde.

J'te dis pas comment j'ai les boules et comment je regrette amèrement les années 80 ou 90 et la présidence de Mitterrand. J’veux dire encore plus qu’avant, mais comme j'ai déjà bien plombé l'ambiance on aura qu’à dire que c’est pas le propos.

Il faut que tu te rappelles.

Il faut que tu te rappelles de Depardieu et Gillain en 91 dans « Mon père ce héros ». C’est typiquement le genre de films que tu kiffais au début des années 90, quand tes parents avaient encore assez de thunes pour t’emmener en vacances à l’Île Maurice, quand tu pouvais t’identifier.


mon-pere-ce-heros-1991-9409-1361750706.jpgmon-pere-ce-heros-1991-01-g.jpg6361814_RedacSel4_p-20030805-00XE6K_0LUCPWVX.JPG

Le cinéma des années 80 et 90 est celui que je préfère, c'est sûrement pas le meilleur en termes de réalisation ou de scénar mais c’est un cinéma vrai.

Alors en 91 tu regardais Véro fabuler sur une prétendue relation avec un homme plus âgé qu’elle, Véro qui jouait aux grandes dames, et tu te reconnaissais un peu dans son envie d’être femme avant l’heure. Avant ça t’avais kiffé la délurée Vivian Ward dans « Pretty Woman » en 90, ses cheveux roux et sa robe à pois.

C’est pas comme si la mode des années 90 était classe, mais moi j’aimais assez les chemises difformes dix fois trop larges et les vestes à épaulettes, probablement parce que c’est ce que portaient mes parents, les coupes de cheveux gonflées, brushings de malade, lunettes en écaille, t-shirts où en voyait tout ton nombril et j’en passe. C’était la vie.


PRETTY_WOMAN-JULIA_ROBERTS_Wallpaper__yvt21.jpgpretty-woman-1990-2703-822938316.jpgpretty-woman-julia-roberts-richard-gere.jpgpretty_woman_1228_north_584x0.jpgtumblr_lxpk0eypl41r3ydtso1_1280.png

Dans les années 90 tu matais Kevin McCallister rater son putain d’avion et Denis la Malice enquiquiner M. Wilson. Tu mangeais des céréales Froot Loops et des cigarettes en chocolat en espérant que ton nom apparaisse dans le générique de fin du Club Dorothée, tu jouais avec ton Tamagoshi et en classe, t’avais des bons points ou des images et une colle parfumée à l’amande que t’étalais avec un bâton. T’as commencé à entendre parler du sida et de la capote à 1 Franc, et le samedi soir tes parents voulaient pas trop que tu regardes « Hollywood Night », parce que c’était légèrement érotique cette histoire.


vamos2_large.jpghttp://www.topito.com/wp-content/uploads/2011/09/tamagochi.gifhttp://www.topito.com/wp-content/uploads/2011/09/maman.gif   

Dans les années 90, tu mangeais des Push Pops, des sucettes en stick. Tu glissais le doigt dedans, tu poussais et le bonbon sortait, sauf que la salive finissait par couler le long du tube et t’avais le doigt tout collant dégueulasse. Y avait aussi des bonbons qui piquaient en forme de pailles longues et fines. Tu devais les déchirer avec tes dents avant de faire glisser doucement le sucre en poudre dans la bouche sans toucher les lèvres.


http://www.coup-de-vieux.fr/wp-content/uploads/2011/02/push-pop.gif

 

Si c'était pas clairement aguicheur ça aussi... 

Tu lisais Star Club, Salut ou OK Podium et tu collectionnais les posters des All Saints et les cartes Panini, et même qu’il y avait des planches d’autocollants dans les boites de VHS pour écrire le nom du film dessus.

C’était vraiment la vie je crois. Y  avait pas d’autre vie que ça.

Il n’aurait pas dû y en avoir d’autre, alors aujourd'hui j'ai les boules.

Je vous embrasse.


Source : Topito - Coup de vieux - We heart it


Capture-plein-ecran-23012012-1807091

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 23:15

pub_je_lave_mon_cerveau.png

J’ai ici par le passé vaguement abordé la corrélation existant entre les médias et la surconsommation. Nous avons d'abord parlé d’Andy Warhol, puis du travail de Jean-Paul Goude, un peu en guise de mise en jambes.

Puis j’ai lu le livre « On achète bien les cerveaux : la publicité et les médias », de Marie Bénilde, et j’ai pensé qu’il était temps d’en parler en profondeur. Ca promet d'être relou cette histoire.

Si l'on s'intéresse à la définition originelle de la publicité, on découvre qu'à la base, la publicité était une activité consistant à inciter le consommateur à acheter un produit ou un service. Le verbe utilisé ici est d’une importance capitale, inciter. Parce qu’originellement, le consommateur était simplement incité à consommer, mais tmtc qu’en 2012 chaque putain de secteur d’activité a pété un plomb, la pub sûrement davantage, et Beigbeder, qui a travaillé pour Young & Rubicam, nous parle très bien des dérives cyniques des publicitaires et de leurs cibles dans son livre 99F.

Dans « On achète bien les cerveaux », Marie Bénilde aborde les débuts de la publicité, qu’on appelait à l'époque la « propagande ». Dans les années 1930, Blaise Cendrars, dans son recueil « Aujourd’hui » nous dit :

« La publicité est la fleur de la vie contemporaine ; elle est une affirmation d’optimisme et de gaieté ; elle distrait l’oeil et l’esprit. (…) Avez-vous déjà pensé à la tristesse que représentaient les rues, les places, les gares, le métro, les palaces, les dancings, les cinémas, le wagon-restaurant, les voyages, les routes pour automobiles, la nature, sans les innombrables affiches, sans les vitrines ? (…) Oui vraiment, la publicité est la plus belle expression de notre époque, la plus grande nouveauté du jour, un Art. »


banania1.jpgcalor.jpg015_001.jpg

A l'époque, la publicité avait le don d’égayer le quotidien de la société. Mais alors, pourquoi la pub n’enchante plus le monde ordinaire ?

On ne peut ignorer le fait qu'entre 1930 et les années 2010, on s'est pris 80 années de pub dans la face, et évidemment, l’invasion sans cesse renouvelée des marques, des produits et des spots, a légitimement engendré une forme de lassitude, ou d’indifférence.

Alors voilà, pour inciter le consommateur à acheter, les publicistes se sont tournés vers la science, plus précisément la « neuroscience », ou décryptage du fonctionnement du cerveau humain face aux images.

Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, a fait scandale en 2004 avec sa fameuse déclaration « A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca Cola à vendre son produit. (…) Ce que nous vendons à Cola Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Vendre du temps de cerveau humain disponible. Je ne sais pas si on réalise la portée du propos.

Marie Bénilde va plus loin et nous parle d’un test à l’aveugle réalisé par Read Montague, neurologue à Houston sur deux marques de sodas. Le test a démontré que, sans connaître l'origine du produit, et en se basant uniquement sur la notion de « plaisir gustatif », les participants ont préféré Pepsi. Mais lorsque le neurologue leur a révélé la marque des produits, la plupart d’entre eux a changé d’avis, déclarant qu’ils s’étaient trompés de gobelet et qu’ils préféraient Cola Cola. Read Montague nous dit « On fait appel ici à la mémoire, l’idée même de la marque Cola Cola active des structures dans votre cerveau qui commandent les comportements. Voilà comment l’esprit prend le pouvoir sur l’instinct. »

Hallucinant.

Cola Cola a, comme Mac Donald's et beaucoup d'autres marques mondialement connues, totalement réussi son pari. Etre « every day everywhere », et de façon totalement inconsciente dans l'esprit des consommateurs. « La répétition peut venir à bout de tout. Une goutte d’eau finira par traverser un rocher. Si vous frappez juste et sans discontinuer, le clou s’enfoncera dans la tête. »


passage-pieton-transforme-publicite-mcdonalds-L-1


Les publicistes ont mis le doigt sur un autre point décisif : une forte connotation émotionnelle accentue l’attention. La publicité d’aujourd’hui fabrique des émotions synthétiques qui génèrent de l’attention, parce que même en 2012, dans un contexte social où le leitmotiv est « chacun pour sa gueule », l’humain reste humain, et il chiale pour pas grand chose.

Les spots et affiches publicitaires sont formatés pour séduire des cibles jugées comme surconsommatrices.

Ce qu'il faut comprendre ici, et là est réellement l'intérêt de ce post, c'est l'origine de la surconsommation.

L’expérience Dead Fleurette menée à donf sur les blogs l’a bien montré, le facteur sous-jacent de la surconsommation, c’est le mal-être. La consommation est un moyen de compenser le désamour de soi, chose que les publicistes ont très bien compris. Ils ciblent alors le jeune mal dans sa peau, et la femme au foyer ou la ménagère empêtrée dans sa solitude.

Le mal-être, le manque d’estime ou de dignité poussent le consommateur à trouver un objet, un élément matériel qui va lui permettre de mieux s’intégrer dans la société, une sorte d’appartenance à un groupe, voire à une élite. Ainsi, lorsque le « sujet » visualise l’image d’un produit auquel il s’identifie, il est poussé à dire « c’est exactement moi », et à consommer. C’est le concept du « brainbranding ». En gros, dans une société où l’ascenseur social est en panne, la publicité fournit aux individus des signes de reconnaissance purement symboliques qui vont fonctionner comme des éléments de positionnement identitaire.

Alors les mecs n'hésitent plus à faire des crédits sur quinze piges pour se payer des bagnoles de luxe et sortir leurs gonzesses, et ça frime grave sur l'autoroute.

Je suis totalement hallucinée par ce qui est révélé dans ce bouquin, des trucs dont chacun est évidemment conscient sans tout à fait l'être. Parce que ça marche, alors même que nous sommes en temps de crise.

Le livre de Marie Bénilde nous montre que la publicité d’aujourd’hui n’a plus rien d’une douce musique d’ambiance, elle se révèle à nous sous son vrai visage : on ne cherche plus seulement à inciter, on vise à modeler les désirs des individus en fonction des besoins économiques.

J'ai encore bien mis l'ambiance avec mes conneries.

Et c'était super long, la meuf elle s'est prise pour Chateaubriand.

LOVE les copains.


Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 20:38

6a00e550896e09883301310f2fa959970c-pi

L’autre jour je me la suis grave raconté au rayon sociologie de la FNAC. T’avoueras que ton égo est vachement plus flatté quand t’achètes un bouquin de sociologie que le dernier Twilight.

Ma copine Marion m’avait parlé d’un livre de Myriam Levain et Julia Tissier, un livre qui s’appelle « La Génération Y par elle-même », alors j’ai beaucoup crâné au rayon socio, et aussi à la caisse même si le bouquin coûtait vingt boules.

Marion habite super loin, on se parle peu, et malgré la distance elle savait très bien que ce livre allait beaucoup me plaire, elle savait très bien que j’en parlerais ici.

Elle avait raison.

La génération Y, ce sont les gosses nés entre 1980 et les années 2000, ceux qui ont grandi avec Internet, les réseaux sociaux, avec un plaisir intimement associé au sida, les attentats, la guerre, la précarité, le chômage en toile de fond, la haine, la pornographie, toute cette merde.

Ce livre m’a foutu une grande claque dans la gueule.


tumblr kwvk7kahCE1qzsnlzo1 400 large effected


Ce livre te balance dans la face les causes du
« choc générationnel » que l'on rencontre avec nos grands-parents, nos parents, qui ont connu mai 68, la révolution, le plein emploi, la liberté sexuelle, Woodstock et ce putain d’avenir brillant.

Nous, nous sommes arrivés après la bataille, après la gauche au pouvoir, après l’abolition de la peine de mort par Mitterrand. Nous, on a grandi avec l’idée que l’extrême droite pouvait passer au second tour, on a dû faire avec toutes les conneries des autres. Nés dans un monde de crise, on a toujours connu la précarité et, contrairement à nos aînés qui pensaient qu’en criant la société allait leur dérouler le tapis rouge, nous n’avons jamais voulu faire la révolution, nous la savions perdue d’avance.

Entre toi et moi, les manifs de 2006 contre le CPE c'était juste pour sécher les cours et faire les rebelles, personne ne savait ce que c'était et tout le monde s'en trimballait, y avait pas d'âme derrière, pas de convictions.

L’autre jour, j’ai maté « Le péril jeune », de Cédric Klapisch. Il y a une scène incroyable dans ce film dont l’action se déroule en 76 (tmtc juste après les Trente Glorieuses), lorsque les jeunes organisent une manifestation contre le chômage et que l’un des jeunes dit « Une manif’ contre le chômage, mais c’est nouveau ça ! On va quand même pas se battre pour travailler ! (…) Moi à la limite je trouve ça marrant de plus bosser, tout d’un coup ça devient un problème !», quelques secondes plus tard, on voit une affiche où il est écrit « 700 000 chômeurs ! ». Laisse-moi rire les petits joueurs quoi, nous on est presque trois millions donc à partir de là on va pas venir te lécher comme un agneau en t’offrant dix mille boules par mois.

Dans un contexte d’exploitation des jeunes, diplômés ou non, la génération Y préfère aller pointer au Pôle Emploi plutôt que de trimer sans aucune reconnaissance ni aucun épanouissement personnel. Ça m’a fait repenser aux cours de philo et au « report de jouissance » évoqué par Freud.

Le « report de jouissance », ça consiste à souffrir et faire des sacrifices maintenant pour jouir plus tard, pensée dominante des générations passées. En gros, avant on acceptait n'importe quel boulot ingrat qui permettait de payer le loyer. Aujourd’hui, on se tourne davantage vers la « conquête du présent ». Le travail doit avant tout être source d’épanouissement, la génération Y n’hésite plus à claquer la porte avant même d’avoir trouvé un autre emploi, elle ne se rend pas compte que cet acte aura des conséquences néfastes puisque les parents ont toujours été derrière elle pour rattraper ses bêtises.

La génération Y est spontanée, ou inconsciente selon le point de vue, nous sommes les enfants du divorce et des familles recomposées, les smicards de la vie dopés au porno, forcés à grandir très vite et à prendre nos responsabilités, des jouisseurs de la lose, voilà ce que nous sommes.


tumblr locace4dSr1qjgd5no1 1280 large effected

Pour nous, enfants de la mondialisation, il n’y a jamais eu d’autre système que le capitalisme roi. Le marché de l’emploi s’est toujours apparenté à une forteresse peuplée de requins et autres fils de pute, notre génération n’est pas, à l’instar de la génération X, emplie d’utopies, bordélique ou anarchiste, elle ne se syndique pas, n’adhère à aucun parti, elle ne croit plus à toutes ces conneries, elle s’en bat la race, elle n’a rien à perdre puisqu’on ne lui a jamais rien offert.

La génération Y réinvente la façon dont les gens communiquent, elle tweete, elle poke, elle chate, elle like, et tandis que ses aînés la voient comme une génération d’autistes incapables de citer au moins un roman de Balzac, certains deviennent des stars du net comme Norman Thavaud, et inventent ainsi un nouveau système D via les réseaux sociaux et les blogs dans le but de contourner le système traditionnel qui ne leur a jamais fait de cadeaux.

Notre génération est un peu individualiste, la quête de soi est devenue un filon juteux pour les psys et autres coaches personnels, les adeptes du divan sont de plus en plus nombreux, à tel point que notre génération est devenue Prozac addicted et que la sinistrose s’est muée en pathologie mainstream.

Certes, le bilan est un peu chaotique mais comme le dit si bien Zazie, « C’est fini cow-boy, fini mais rassure-toi, on peut pas tomber plus bas ».

Après Freud, fallait quand même citer un autre genre de référence.

J’embrasse tous les smicards et les chômeurs de 2012, les chefs d’entreprise et les paumés, les immigrés, les corrompus, les geeks, les joueurs de foot qui vont aux putes, les jeunes, les vieux, les enfants de demain, tous ces gens qui cohabitent sans même se connaître.

J’embrasse ceux qui sont arrivés au bout de ce post, eh t’as vu comment j’ai mis la grosse ambiance ?!

 

LOVE.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article
3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 08:15

01 Jean Paul Goude effected1

Et on en vient à Jean-Paul Goude. Il m’aura quand même fallu plus d’un an pour parler de Jean-Paul Goude.

Tard le soir, quand il n’y a rien sur Arte je mate France 5. Mardi, je suis tombée sur une rediffusion d’un volet de l’émission « Empreintes » consacré à Jean-Paul Goude.

Jean-Paul Goude va avoir soixante-douze ans. Parler de Jean-Paul Goude c’est parler à la fois d’un fabricant d’images, d’un dessinateur, d’un photographe et d’un génie de la publicité. Ce qu’il a fait, c’est bien plus que de l’art, ça a à voir avec la tolérance, avec l’acceptation, l’acceptation à la fois de son corps et de la race, la race au sens noble du terme.

Dans le documentaire « Empreintes », on voit Jean-Paul au zoo de Saint-Mandé qui nous parle du business des singes et des éléphants à l’époque où la France était très riche et que les zoos étaient étroitement liés à la propagande et la diffusion d’une idée positive du colonialisme. A Saint-Mandé, on pouvait voir grâce à ces animaux en cage une part de l’Afrique, et ça pour les gosses, c’était quelque chose de fabuleux.

Alors, l’Afrique et l’Homme de couleur sont devenus les principales muses de Jean-Paul Goude.
 

« West Side Story a eu un énorme impact sur moi et ma génération, j’ai dû le regarder deux cent fois ! Ça joue sur tes sens, le rythme est là, tu bats du pied, t’es excité, l’adrénaline qui monte, la performance athlétique, le timing…dans les années 60 tout le monde vivait à l’heure américaine, j’adulais tout ce qui touchait à la musique noire-américaine, les danses, la mode, c’était le coup de foudre. »


Fasciné par la fièvre de la jungle, les corps mi-nus, la savane, le rugissement des bêtes, son art transpire cet univers ethnique et multiculturel. Sa sexualité est d’ailleurs définie par ce fanatisme, Sylvia, Radiah, Toukie, Grace Jones, Farida, ses compagnes sont africaines, algériennes, coréennes ou jamaïcaines.

Dans les années 70, le modèle féminin par excellence, largement véhiculé par les médias, était Marilyn Monroe. Blonde, les yeux clairs, les hanches généreuses mais le profil longiligne de la femme américaine dépourvue de tout africanisme. Pour le magazine « Esquire », Jean-Paul Goude propose sa propre version de la beauté féminine incarnée par Toukie.
 

« Son postérieur est tel que je l’avais imaginé dans mes rêves les plus fous. Avec Toukie débute une série de ce que j’appelle la 'French correction', des digressions graphiques sur le thème du gros derrière. »


JP-Goude-Carolina-photo-peinte-New-York-1973.-Le-BonbonBlaise00061Capture-plein-ecran-02022012-004007.jpg

Alors qu'il vit avec Toukie, Goude rencontre Grace Jones, à cette époque star du disco, et décide qu'elle sera sa chose, son oeuvre.

« Pour sublimer Grace, il fallait absolument prendre en considération la masculinité de sa morphologie, surtout pas la gommer ni s’en excuser. Fini les paillettes, fini les fausses robes couture, fini la décadence à quatre sous, place à Grace Jones, la star bleu noir en noir sur noir, un personnage à la fois noble et menaçant, en tout cas, une incarnation digne de sa négritude. »


100-najwazniejszych-zdjec-swiata.-jean-paul-goude-grace-jon2c0ffd87af9ceb4736c7448325b01f0d effected151-jean-paul-goude-grace-jones effected1Playmen1982 effected-0011tumblr lw7hor5NMH1r6c9fio1 500 effected1

 

Les photos de Jean-Paul Goude sont très belles, mais ce que j’aime le plus, c’est son travail en tant que concepteur publicitaire.

En rédigeant ce post, j’ai visionné de nombreuses publicités des années 80 et 90, et je me suis rendue compte que les procédés, les publics, les enjeux avaient changé. L’environnement politique, économique et social d’une société se décrypte à travers la publicité. Aujourd’hui, les spots publicitaires ne transmettent quasiment plus aucun plaisir, plus aucune joie ou enthousiasme. Pourquoi le feraient-ils? De quoi pouvons-nous nous réjouir? On y parle principalement de technologie, parce qu’en 2012, on veut aller plus vite et faire très peu d’efforts.

Les pubs de Jean-Paul Goude elles, font rêver. Le but premier n'est pas d'inviter à consommer mais d'inviter à rêver, éveiller l'imagination, tout ça. Les plus jolies selon moi sont les publicités pour Chanel, dont celle avec Vanessa Paradis en oiseau de paradis.

 



Naturellement, dans les publicités de Jean-Paul Goude, on retrouve aussi l'amour des cultures africaines et des ethnies d'une manière générale.

 



 
Aujourd'hui, le cosmopolitisme est un concept intégré, et j'aime à penser que c'est un peu grâce à Jean-Paul Goude qui y a amplement participé. En fait, aucun domaine artistique n'a échappé à sa patte singulière. Et c’est bien comme ça.

Je vous embrasse.


Sources : Jean-Paul Goude - Culture Pub
Repost 0
Publié par Elisa - dans Culture
commenter cet article