31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 08:24


Le contentement étant l’excellence du pauvre, je m’essouffle à chercher un moi meilleur qui court toujours trop vite.

Mes yeux constamment rivés vers l'horizon, je rêve au grand, au fort, au tempétueux lointain.

Tout quitter pour fouler une herbe pas plus verte ailleurs, vouloir des lendemains glorieux qui seront des hier minables. Cumuler folie des grandeurs et peur du vide avec brio.


Ici, à la nuit tombée, Stan Smith côtoie Sandro chez Colette et les Vogue mentholées se parent de rouge à lèvres Mac. Chacun parfait l’ensemble d’un air satisfait, syndrome d’une génération Y insatisfaite.

Rue Sainte-Marie, l’électro crade résonne dans les têtes fiévreuses et la coke affame jusqu’à pas d’heure. Entre deux mojitos fraise, la gente féminine s’applique à croiser des regards vitreux dans l’espoir d’un coït brutal contre une porte où il est écrit 'peace and love' au Tippex.

Trimbaler dans sa besace du latex en ribambelle pour cinq minutes de vie intense. Du pur kiffe sensoriel aux allures de porno garage.

Getting laid or getting lost.


À deux heures du matin, chacun fait le bilan autour d’un kebab et jure sur tous les saints qu’on ne l’y reprendra plus. « Tu crois qu’il m’aime ? », non je crois pas, il se branlerait autant sur une guitare.

Rue Sainte-Marie, on boit jusqu’à la lie pour ne plus souffrir de glossolalie.

Les pavés sont le dortoir des gens bien. Chacun y conte ses problèmes de petits Blancs bourgeois qui n'ont pas de problèmes comme une berceuse pour s'endormir. L'enchaînement clope sur clope a remplacé le sein de la mère.

Le monde de la nuit m'écœure autant qu'il me fascine, spectacle de désolation où l'on assiste chaque soir à la destruction de nos idéaux au profit du prosaïque. Vautré dans un fauteuil aux ressorts fatigués, diluer ses troubles dans des shots de vodka jusqu'à la crise d'épilepsie.


Et moi, je voudrais seulement voir la mer. Le vent faisant écho au cri des cormorans, admirer les vagues se briser sur les rochers, se retirer sans fin pour un énième duel.

Faire des fucks à cette masse râlante qui ne jure que par la peur de l'échec et les habitudes moroses. Prendre le large et un aller simple. 

Mes petites et grandes réussites n’auront jamais autant de panache.

Repost 0
10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 17:05


Jeudi neuf février deux mille dix-sept, vingt-trois heures cinquante-et-une. Je ne sais plus comment m’y prendre. J’ai passé tellement de temps à laisser le temps passer. 

Mais ce soir, ce soir j'ai des flashbacks par dizaines en fast motion. La tête encore embuée d’effluves fermentées, je me souviens de tout. Cette liqueur, telle une pensine, m’a aidé à sortir d'une amnésie épaisse.

Je me souviens du brouhaha de la ville après minuit, des rires factices que l’ivresse facilite, des regards embrumés que l’on croise au détour d’un réverbère, des inconnus croisés dans des latrines sales où chacun sniffe sa vie comme une traînée de poudre. Ce soir j’ai vingt ans.

Trinquons à la santé du temps qui nous accable.

Ce soir, revigorée par ce puissant philtre qu’est la nuit, je me surprends à laisser voyager mes doigts sur un clavier froid.

Dans ce bar de la lose, les serveurs ramassent la tristesse des uns et des autres sous forme de verres vides. Les cendriers débordent de cendres froides comme une église. L’effort de chacun consiste à simuler l’éclate, feindre des joies simples pour reposer les vivants.

“What are you up to?”, me demande t-il. It’s been so long. I don’t know where to start.

Je trie puis rassemble un à un les souvenirs comme un précieux butin : le sourire de Sonia, la sagesse de Brahim, Gogo qui m’encourage à écrire ces mots. Je me réchauffe le cœur de leur présence comme au coin d'un feu de bois. Ce soir j’ai vingt ans et la nuit est à nous.

Les revoir m’emplit d’une indicible joie et nous sommes pris d’une logorrhée des grands soirs, je n’ose regarder ma montre de peur qu'à chaque mouvement d'aiguille, le temps vienne les reprendre comme une faucheuse.

Revoir le film de sa vie et se dire que tout n’était pas si mauvais, que tout commence à peine, que nous sommes à l’orée des possibles.

Minuit passé, mes doigts n’en finissent plus à présent de réchauffer le clavier froid. Il y a comme des fils invisibles qui agitent mes mains frénétiquement, faisant danser mes phalanges au rythme des syllabes.

Devant le bar, avides de nicotine, les mains crispées dans les poches des manteaux, faisant fi de rien. Avaler et cracher avec la même frénésie. On s’était dit rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, même pomme. Rien n’a changé vraiment, rien n’est pareil pourtant. Ou si peu.

Le même lieu où tu te retrouves pour pleurer un toi mort, adorer des idées désuètes de futurs glorieux, soigner les purulences de nos vieilles utopies et les bander proprement.


La vie réside dans cet instant-là. L’air frais giflant nos joues rouges comme nos bouches, nos huit pieds très près les uns des autres, fondations du cercle des poètes longtemps disparus. Nous avons survécu au désenchantement, au crissement des rails dans le train des trajectoires et nous sommes encore là, bien vifs, avides de futur lumineux, celui qui te donne envie de danser seul chez toi avec une brosse à cheveux.

La vie commence où je l’avais laissée. Le livre était là, posé sur un coin de table, un peu poussiéreux mais patient. Impatient.

Ce soir, j’ai bientôt trente ans. Je fais partie de cette humanité qui ne cesse de bouillir, bouillir d’angoisse au vu des nouvelles. Celle qu’on surveille comme le lait sur le feu, qui avale des faits dégueulasses à grands coups de langue. Qui se fraie un chemin tant bien que mal en tendant des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre.

En virant les cailloux de ses pompes de plomb.


“What are you up to?”, me demande t-il. I’m only breathing for now. I’m breathing.

I'm breathing.

Repost 0
12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 10:08


Je suis partie longtemps je sais, j'ai disparu. J'ai mis quelques milliers de secondes à sortir de ma torpeur, la tête encore endolorie face à tant d'atrocités.

J'avais le vertige d'écrire malgré les idées qui s'imposent, et une posture lasse face aux conflits.

Ne va pas croire que je rends les armes mais c'est la merde un peu partout. Il y a des gens qui tuent d'autres gens dans des salles de concert, des piscines d'hémoglobine en Syrie et des Boeing qui embrassent la montagne.

Il y a la haine de l'autre qui s'empare de celui-là, de celle-ci, et d'eux aussi. Meilleur manque d'espoir inhumain, catégorie fou à lier.

Mais l'autre, ce voisin dont tu ignores le nom, dont tu ignores l'histoire, cet autre, qu'il soit hétéro, gay, arabe, juif, black, blanc, beurre, cet autre est ton ami.

Et puisqu'il est devenu monnaie courant de s'engager dans la Marine et de virer de bord, j'écris pour revivre une toute autre époque, pour rentrer à la maison, du temps où Chirac trainait plus sa gueule sur ton poste que sur RAD en version 100% coton. L'ignorance de l'urgence sociétale était alors si délicieuse.

Eh dis, à quel moment tout a foutu le camp ?  On aurait pu s'aimer, on aurait pu vivre ensemble. 

Je ne peux pas t'en vouloir, il s'agit là de chagrin déguisé en cruauté. Il s'agit là, si ce n'est de peur, de nombreux appels au secours qui ont manqué de réponse, de vulnérabilité proche à celle des rez-de-chaussée. 

Mais j'ai honte. J'ai honte parce que la France est mon pays, la France a accueilli mon père, mes amis, ma famille entière. Et la France, elle est belle quand elle ouvre portes et fenêtres à ceux qui n'ont plus d'espoir.

Ce soir, j'espère qu'on aura un ciel barge des soirs roses, et dimanche j'irai voter, et j'y croirai très fort en me disant que ce n'est pas possible, que c'était une erreur, que ma jeunesse à moi, elle aime trop Zizou pour lui faire un coup de pute. 

Alors, comme le disait Michel, j'appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques, à croire en l'autre, à croire que Daesh et Charlie ne sont pas le reflet de Karima, de Mathias, d'Omar, de Julie, de Sofiane, d'Abdel, de Sarah ou David. 

Dimanche, j'irai voter et je vais serrer très fort la chance, faire craquer ses petits os. 

On finira bien, je l'espère, par gagner en sérénité à force de solidariat. C'est l'heure où tout bascule et je me demande, à quelle heure exactement bascule t-on vers l'amour ?

Je t'embrasse.

 

Je dédis ce texte aux victimes du 13 novembre à Paris, à celles qui ont sauté des deux tours il y a quelques années, et à toutes les autres. 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 10:55

H.

 

A toi. L’histoire d’une de nos folies. A ces 1710 jours où je n’ai pas entendu ton rire. A tous ces matins frileux où, amore, j’ai en vain attendu un signe de toi, à toutes ces cigarettes menthol que j’ai fumées en ton absence, à tout ce que je n’ai pas pu te dire.

Pendant 1710 jours, j'ai feint la sérénité à force de manque, j’ai trouvé des parades, j’étirais les souvenirs, lentement, comme des boules de coton. Mais indéniablement, les rêves trahissent ce qui n'est pas, et dans les miens tu es partout.

C’est drôle, l’autre jour au hasard d’une rue, des effluves de "Féminité du bois" m’ont enveloppée comme un cocon et, en une seconde, tout m'est revenu en mémoire : les perles à tes oreilles, tes yeux de chat immenses, quelques notes de piano, oh la belle rouge, les écharpes si gracieusement enroulées à ton cou, les jardins sous la fontaine et ta douceur, surtout.

Alors voilà, j'aimerais m'attacher à être le plus près possible du concret, du tangible, du palpable, puisque cette masse informe d'existences me dit que c'est la norme, mais moi tu sais chérie, je respire encore Serge Lutens à ton cou au "Bar A la Lune", j'ai le regard vissé sur mon rétroviseur, je suis nostalgique du cool.

J’aime à croire, parfois, que tout sera comme avant, que ce silence n’était qu’une bête querelle de jeunes idiotes. Que tout cela n’a plus d’importance, l’eau a coulé sous le Pont des Morts.

Souvent, comme pour alléger le poids des remords, j’aime à penser que j’ai ma part de responsabilité dans ton bonheur ; pour que l’amour s’embrase il faut qu’il ait peur, et cette frayeur, quoique parfaitement involontaire, cette tempête amoureuse, t’aura menée jusqu’à l'autel.

A qui s'en prendre alors quand rien ne se passe comme prévu ? A moi ? A toi ? A lui ?
A personne, puisque dans cette société bouffée, rognée par l'égo et les faux-semblants, il est devenu urgent de se pardonner, de se féliciter malgré tout d'avoir cru possible l'agencement harmonieux des choses.

Tu aimes les lettres alors voici la mienne, this is it, placardée au monde comme pour crier que tu me manques. Que je regrette. Tellement.

Il est étrange de penser que deux personnes autrefois si proches puissent devenir de si parfaites étrangères. But there ain't no mountain high enough, ain't no valley low enough, ain't no river wide enough, to keep me from getting to you.

A toi, ma meilleure ennemie, j'aurais aimé parfaire l'ourlet de ta robe blanche et te dire à quel point tu es jolie, m'assurer avec le plus grand soin que tu aies "something old, something new, something borrowed, something blue", mais il va être grandement question de se ressaisir au lieu de céder à la sentimentalisation exacerbée, à la cristallisation de ce qui s'est évaporé il y a 1710 jours.

Ton visage fera toujours écho à ma vie. 

 

Prends soin de toi.

E.

Repost 0
29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 07:47

 

J’ai comme des envies d’encore, un goût d’inachevé quand je pense à nos silences, à tout ce que disaient nos silences.

J’aurais aimé qu’on s’aime grand, qu’on ait l’arrogance de croire qu’on ne s’aime pas comme les autres.

J'aurais aimé t’aimer plus que n’importe qui de ma vie d’avant, me bercer d’illusions quant à notre immensité. Nous aurions été différents, nous nous serions aimé plus fort encore que l’amour, ce sentiment finalement médiocre tant tout le monde le ressent dans sa chair.

On se serait donné rendez-vous tard le soir au café St Germain, tu aurais pris une bière ambrée et j’aurais, une fois encore, abusé de la nicotine ; on aurait parlé longtemps, on aurait parlé vrai, avec toi toutes les théories auraient été dignes de développements prolixes. 

À l'aube, après que la ville aurait ôté sa robe bleu nuit, tu m'aurais avoué « sans toi la vie d’avant n’était en fait, qu’un demi-sommeil ».

Mêmes les ruelles glauques auraient été charmantes avec toi. Même la pâleur de septembre.

Je me serais mise à nu et, déshabillée de toute pudeur, tu aurais tout appris de moi : cette cicatrice sur mon genou droit, cette peur de l’inconnue qui fait souvent naître des sanglots irrépressibles et combien j’aime les tulipes jaunes. J’aurais appris ton visage, la tristesse de tes yeux quand tu ris et l’odeur de ta peau.

J’aurais été pour toi nouvelle et pourtant si familière.

Après une énième dispute pour des broutilles d’un accablant ridicule, j’aurais pleuré, même crié pour toi ; alors tes bras et le creux de ta nuque auraient été mon seul refuge.

La passion nous aurait emportés, traînés dans ses sombres filets et nous serions restés là, côte à côte, peau à peau, sans se soucier du temps qui passe, de la vie au-dehors.

Et j’ai comme des envies d’encore, un goût d’inachevé quand je pense à nos silences, à tout ce que disaient nos silences.

Toi, tu aurais dû tuer mon manque d'amour, m'embarquer dans ce vertige dont Bashung parle si bien. J'ai crevé l'oreiller, j'ai dû rêver trop fort.

Mais ça caille dans mon lit, ça caille dans ma peau et j'imagine mille scénarii à la Claude Lelouch.

J'apprends à vivre avec un manque dont j'ignorais tout. Allongée, j'étreins mon propre corps et murmure des « je t'aime » vides de sens. Dans la rue, je regarde ces duos ne faire plus qu'un, noyés dans leur vertige. Je m'imagine des histoires là où il n'y a que pathétisme, car même si je feins d'assumer, j'en crève de ne pas aimer et être aimée comme ça.

Alors j'ai créé pour nous l’amour quantique, une toile d’interactions possibles, une infinité de souvenirs, ce que nous aurions pu être, ce que nous serons toujours et jamais à la fois. 

Notre légende personnelle.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 19:26

Sans-titre-1.png_effected.png

 

Cher Zizou,

J'espère que tu vas bien. Tu sais, le 20 juin dernier, on a beaucoup pensé à toi. Il était environ vingt-trois heures et la France criait comme un seul homme.

Quand j'y repense les larmes me viennent parce que c'était fou, on pleurait de joie, on pleurait comme ce 12 juillet 1998 où tu as tout changé, on pleurait parce qu’il n’y avait plus de frontières, plus d’autre volonté que d’être ensemble.

Ce 20 juin dernier, on pleurait parce que pendant quatre-vingt-dix minutes, personne n’a parlé des 25% et des pains au chocolat. Dans cette morosité ambiante où la haine de l’autre est roi, on a tous oublié Marine, il restait que du bleu.

J’ai eu l’impression de remonter le temps, de te revoir sur le terrain, non pas numéro dix mais numéro un, l’idole de toute une génération, avec tes copains Desailly, Thuram, Djorkaeff, Lizarazu, Karembeu, Barthez et les autres. Votre famille c’était notre famille, votre famille c’était la France et je te jure mon frère, votre ombre planait sur Salvador.

Bixente et Didier étaient émus tu sais, tu l’étais certainement aussi. Ce que vous avez vécu doit rester gravé dans vos mémoires comme un précieux trésor. L'accomplissement d'une vie, des heures et des heures ballon au pied jusqu'à ce que la nuit tombe, depuis tout gosses. Nous dans le fond, on n’a rien fait pour ça, on a assisté au spectacle, on a applaudi et chanté très fort, on s’est embrassé longtemps.

Alors, le 20 juin dernier, dans les rues de toutes les villes le peuple a laissé exploser sa joie comme il y a seize ans, t’aurais dû voir comme c’était beau, le drapeau français agité aux quatre vents. Tricolore façon Noirs, Blancs, Jaunes dépourvus d'armes blanches, on a montré à ces gens verts de rage que les Bleus pouvaient renaître.

Certains ont parlé d’hypocrisie, mais moi j’y ai vu de l’espoir, l’espoir qu’ils réalisent que comme celle de l'équipe de France, la diversité nous nourrit, qu’elle est source de joie, dans le sport ou dans la culture, dans les yeux des gosses qui rêvent d’être Tony Parker ou Nadal, d’être grands comme toi.

J’ai l’espoir qu’un jour nous formions une équipe de soixante-cinq millions de joueurs prêts à faire barrage contre l’intolérance. 

Je ne sais pas quel sera l'avenir de ce pays, mais cette Coupe du monde elle nous fait du bien tu sais. 

Pour le prochain match, j'irai me noyer dans la foule avec mes amis, on sera fiers si l'équipe de France fait des prouesses, on sera fiers et on sera heureux.

J'aurai une pensée émue pour toi, pour la petite fille de dix ans que j'étais, nulle en mathématiques parce que le numéro dix était à ses yeux un nombre premier.  

Je t'embrasse, je t'aime tu sais, prends soin de toi.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 10:28

dac3f57176b7d4731ff7784aa6e3c5421.png


Comme à chaque fois, j'ai merdé en beauté ; je m'applique minutieusement à reproduire des schémas de déglingue merveilleuse en me piquant toujours au même endroit, junky de la love ou quelque chose du genre. 

C'est toujours la même, je théorise le féminisme mais fantasme le SM, je me laisse prendre là où j'avais juré qu'on ne m'y reprendrait plus, je déclare quotidiennement ma flamme aux pavés lorsque, dans la chute, ils effleurent ma gueule ensanglantée.

Je porte l'uniforme du chagrin aussi bien que Norma Jeane en robe blanche sur les grilles de métro.

Tout a commencé là, une de ces nuits humides où l’on vacille entre lourdeur et vent glacial. Une heure et des poussières, et bientôt la nuit serait baignée du bruit des chaises que les garçons remballent, quand tout le monde tangue, se laisse griser, la sève est du champagne et vous monte à la tête.

Cette nuit-là, plus encore que les autres, nous avons joué avec le feu, ri à gorge déployée dans les vapeurs de nicotine, toujours les mêmes, celles qui m'embobinent et me détruisent, chiennes de nuées cancérigènes voilant ton visage par endroits.

Je ne me souviens plus très bien ;  parfois pourtant, des flashbacks viennent s'intercaler dans ma vie comme des diapositives en slow motion.

Il pleuvait fort et je t’ai dit, « On va courir sous la pluie comme dans les films ! », on était bien je crois, j’ai cru. 

C’est beau une ville la nuit. Rue Sainte Marie, quand les ailes des insectes se brûlent aux ampoules des réverbères dans un grésillement soporifique, quand les yeux fatiguent de s’être trop enivré, admiré. Les miens étaient épuisés, prix à payer pour connaître chaque fracture sous ta peau.

De cocktails en cocktails j'ai baissé ma garde, tu as squatté mon royaume, toi l'envahisseur. En princesse titubante et fatalement dans l'hyperbole, le bouffon que tu étais s'est fait chevalier blanc. 

L'alcool est un puissant téléphone arabe, il déforme les idées de bouche en bouche.

Nous avons couru comme des enfants dans cette ville que l’on connaît par cœur, chaque pas était un bonheur douloureux. Et c’est étrange, tu avais mis ta carapace, ton air nonchalant, distrait, distant, comme une écharpe à ton cou pour te tenir chaud, mais j’avais cru lire dans tes yeux comme un appel au secours. Nos pas dans les flaques formaient des cercles à l’infini, nous avions mis le doigt sur l’épicentre de ce qui aurait pu être.

Une fois encore, tu n'as pas voulu me tenir la main, trop love love, dégueulis de sentiments qui écoeure ta fierté. Amoureuse perverse, j'avais cru pouvoir révéler à tes yeux la naissance de quelque chose, faire éclore l'œuf encore intact d'une passion dévorante, ravageuse. Il est étrange de constater que nos peaux peuvent s'adorer comme l'on se déteste.

Le verdict est sans appel : je tâche sans cesse de m'amourâcher d'hommes comme toi, empêtrés de réticences face à l'éventuelle horreur d'être emportés par quelque chose de grand.

Quand tu as passé la porte pour la dernière fois, il était trois heures et neuf minutes, et bientôt le ciel serait baigné d’une douce lumière, celle qui efface les souvenirs de la veille, qui lave les effluves d’alcool et les mauvais rêves.

Cette nuit-là, j’ai beaucoup pleuré. J’ai pleuré tout ce que j’avais sur le cœur, toutes les mauvaises décisions que j’avais prises jusqu’alors, j’ai pleuré vingt-six ans de regrets, de symétrie parfaite de mes échecs. J’ai pleuré toute la nuit, une de ces nuits humides où l’on vacille entre lourdeur et vent glacial.

À l'aube, les pavés de la ville avaient séché, j’ai écrit ces mots et me suis efforcée d’oublier ton visage, je ne lirai plus rien dans tes yeux.

Je te laisse le soin d'un jour comprendre que ton manque de courage a tout saboté.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 14:05

tumblr_m93051ojM21r3m659o1_500_large.jpg


Salut les copains.

L’autre jour je lis la presse, la presse pour les gens pauvres tu sais, que des types habillés comme Cetelem te distribuent gratos dans la rue.

Je tombe sur un article santé relatif à qu’on appelle le « thigh gap ».

Y a des photos de Cara Delevingne Cara c'est la nouvelle Joey Starr, elle est partout , et des témoignages de jeunes filles qui font un peu peur.

Paraît que le « thigh gap » à traduire par « écart entre les cuisses » est le nouveau phénomène qui hante des milliers de filles obnubilées par la minceur.

Elles expliquent qu’elles « s’affameraient s’il le faut pour atteindre le ‘thigh gap’ ». Elles postent sur Tumblr des photos de leurs jambes ultra minces, concaves voire décharnées et vouent un culte à Alexa Chung et autres it-girls.

C'est drôle, Marie parlait il y a quelques jours d’un article dans Biba; comme d’habitude, le point de vue était très tranché, évidemment que faire un 42 c’est obscène, t’as pas honte tu sors de chez toi comme ça ?

Moi je fais un 42 et je le vis bien. Je ne serai jamais comme Cara, je n’ai pas les cuisses concaves, je pourrais me taper des footings quotidiens de trois heures je ne serai jamais filiforme et ne tends pas à l’être.

Ce qui me vénère dans tout ça c’est la surenchère, on nous placarde cet idéal un peu partout, ces corps squelettiques bannissant toute gourmandise, et on nous dit voilà, tu dois ressembler à ça, la norme c’est ça.

Il faut bien comprendre ici qu’il n’est pas question de minceur, il est question de physionomie. On ne peut pas demander à son corps de se transformer de l’intérieur, cette obsession massivement relayée par la presse féminine ne tient pas compte des dispositions génétiques des meufs, certaines sont simplement nées avec un corps très mince, des membres fins et des jambes allongées.

Et tu sais quoi, le jour où tu décides de ne plus lire Grazia, Cosmo, Glamour et autres torchons dont on raffole à quatorze ans, tu te sens vachement mieux avec ton corps, t’as plus ce besoin obsédant de peser 32kg et de raser les murs sans décoller les affiches (rapport au titre d’IAM tmtc).

Je pense que l’idéal en fait, serait de s’éloigner de toutes ces voix anxiogènes qui te disent à quoi tu dois ressembler, ces voix qui se permettent de te rappeler que tu fais un 42, que t’es carrément fat mais c'est bien si « tu t'assumes ».

Je crois qu’il y a finalement beaucoup de privation et de frustration derrière tout ça.


Je vous embrasse
.

Source : We heart it

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 20:00

tumblr_ly8asmazLd1qhmykao1_5001.jpg

J’voudrais te faire la liste des choses qui me tiennent à cœur pour 2013.

C’est la mode des résolutions impossibles à tenir mais en y croyant dur comme fer peut-être que l'impossible arrive.

J'voudrais que mamie se rappelle, qu'elle revoie son mariage, qu'ses souvenirs reviennent à la pelle, paraît que l'amour n'a pas d'âge.

J'voudrais qu'papy repose en paix, que de là-haut il veille sur moi, joue aux cartes avec Holiday, Peter Falk et Sinatra.

J'voudrais aller à Hill Valley piquer la bagnole d’Emmett Brown, revenir au 11 septembre et leur faire baisser les armes.

J'voudrais aider un peu les jeunes, et les pères de famille, j'voudrais qu'ils marchent la tête haute, qu'les patrons cessent de les salir.

J'voudrais qu’on parvienne à se dire qu’il n’y a qu’une seule et unique race, la race humaine et que Marine cesse de suivre son père à la trace.

J'voudrais qu'la gauche se bouge le fion, que Mitterrand soit fier de nous, que dans sa tombe il se repose et qu’on la fleurisse de roses rouges.

J'voudrais qu'maman ne s'en fasse plus, que papa soit tranquille, eux qui se cassent le cul chaque jour et se gavent de Lexomil.

J'voudrais qu’on se tienne tous la main, peu importe la couleur, j’voudrais qu’on puisse se dire qu’on est tous un peu frères et sœurs.

J'voudrais qu’on se sorte de la merde, dans laquelle on s’est mis, j’voudrais dire je t’aime à MJ, à Rosa Parks et Kennedy.


Parks-Arrest.jpg


J’voudrais du bonheur en pagaille, des moments d'gloire, avoir la gagne, j’voudrais jamais, jamais un seul jour arrêter d’y croire.

J'voudrais une minute de silence, pour tous les gosses qui triment, à Shenzhen ou à Bali tandis qu'à Neuilly d'autres friment.

J'voudrais qu'tu voies qu'on se ressemble, je sais où t'as grandi, on a joué aux Pogs ensemble, échangé des cartes Panini.

J’voudrais écrire des mots de paix, qui puissent toucher les gens, j’voudrais moins critiquer les autres, ce qu’on me donne pouvoir le rendre.

J'voudrais voir deux types dans la rue, s'embrasser librement, et puis se mettre la bague au doigt dans un émouvant dénouement.

J'voudrais t'souhaiter une bonne année, de janvier à décembre et la mienne le sera aussi si les peuples parviennent à s'entendre.

J'voudrais que les intolérants, aillent bien niquer leur race et si tu n'en fais pas partie, sache que je t'embrasse.

 

Sources : Tumblr - FreedomCenter.org

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0
22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 10:59

Inspire-9.jpg


L’autre soir avec les copains il s’est passé un truc bouleversant. Il a suffi de quelques minutes et bim, on s’est pris une grosse claque dans la gueule, le genre qui prévient pas tu sais, le genre que sur le coup t’as pas trop mal, c’est après.

L’autre soir il y avait Brahim, il me fait beaucoup rire Brahim, j’aime beaucoup ce type-là, y a quelque chose chez lui qui a à voir avec la sagesse.

L'autre soir avec les copains, on s’est sentis vieux. On était à une soirée étudiante et je ne sais pas, je crois qu’il ne faudrait pas s’infliger ça, faudrait pas aller dans des soirées étudiantes quand t’es plus étudiant, faudrait pas parce qu’il y a comme une sorte de décalage entre eux et toi, une fracture, un truc impalpable et indicible mais pourtant bien là dans l’air et dans le temps.

Et depuis je me demande, à partir de quand on est vieux ? Tu crois qu’il y a une date ? À partir de quand on devient des vieux cons sans rêves ? C'est quand qu'on n’y croit plus ?

J’ai dit à Christophe hier soir, « j’aimerais bien que tu sois dans ma tête, juste cinq minutes, que tu vois les choses comme je les vois », et plus globalement j’aimerais que personne ne cesse d’y croire jamais.

Mais faut pas se leurrer, un jour on parlera d’avant, de l’ancien temps, on oubliera qu’on défendait des valeurs de gauche et qu’on luttait pour le mariage pour tous, on matera les infos sur TF1 mais y aura plus Jean-Pierre Pernaut non, y aura un autre type à sa place, sûrement un jeune gars ouais, sûrement.

Un jour les Noirs et les Arabes seront des voleurs de pains au chocolat tout ça, l’Homme a la mémoire courte. Juste des bribes, des flashes, des instants choisis.

Moi j'voudrais jamais devenir une vieille conne, j’voudrais aller aux soirées étudiantes et rire, rire jusqu’à plus soif, mettre une sorte de voile sur les choses, des petits mouchoirs comme Canet.

Je sais pas si mater tous les Disney et Kevin McCallister qui fight les casseurs flotteurs c’est nier qu’on vieillit, je sais pas, mais je m’accroche à ça très fort, je veux tout garder, le sapin de Noël, la craie qui grince sur le tableau noir, les tresses africaines de mamie, la première gorgée de bière, la première cuite, les Converse défoncées, les festivals, une soirée avec Isa à parler de la jeunesse en 81, l’espoir et les larmes quand la gauche passe au pouvoir, le khôl qui coule des lendemains de fête quand t’as dormi comme une merde sur un canapé IKEA, être en vie.

L'autre soir on a pris une grosse tarte dans la gueule ouais, et c'est un truc que je fais jamais parce que maman veut pas, mais cette fois-là j'avais baissé la tête, alors elle m'a pas eue.

Je vous embrasse.

Source : Inspirationally


Capture-plein-ecran-23012012-1807091

Rendez-vous sur Hellocoton !

Repost 0